Fan fics

Avant-propos
Beaucoup de fans de Princesse Sarah croient et espèrent, la foi chevillée au corps, que la suite des aventures de Sarah sortira un jour. Quelques-uns se sont d'ailleurs essayés à la rédaction de cette suite, avec plus ou moins de bonheur. Passionné moi-même, je me suis bien entendu livré à cet exercice avant de déposer les armes devant un implacable constat : je ne savais guère quoi raconter. Moi qui d'ordinaire suis obligé de museler une imagination par trop débordante, je ne parvenais qu'à griffonner avec grand-peine deux ou trois lignes dénuées de relief et d'intérêt. Je ne suis qu'un homme, aussi la nature humaine veut-elle que je blâme quelqu'un ou quelque chose pour cet échec. Je n'y dérogerai pas. Après avoir vécu toutes ces vicissitudes, Sarah a droit un bonheur bien mérité en compagnie de sa nouvelle famille. L'idée qu'elle puisse souffrir derechef m'est insupportable (et je ne vous dis pas les grincements de dent qu'il m'a fallu contenir en entendant les uns et les autres lui imaginer mille et un tourments).

Allais-je pour autant me résigner alors que, comme tout à chacun, je brûlais d'envie d'ajouter ma pierre à cet édifice ?

Une brève analyse purement scénaristique me convainquit qu'il était plus facile de rédiger une prequel, c'est-à-dire d'écrire le prélude, plutôt qu'une suite. C'est cette voie que George Lucas a emprunté pour sa saga Star Wars. Après tout, lorsque les personnages et les décors sont déjà campés, que les rouages intimes de l'intrigue sont exposés et surtout qu'au final la réussite est au rendez-vous, pourquoi courir le risque de tout bouleverser et de gagner en faiblesse ? J'encourais le risque que mon scénario pâtit avec la série en rompant délibérément avec les éléments mis en place. A l'inverse, un respect servile pouvait signifier une pâle imitation de scènes déjà vues.

Ma connaissance de l'œuvre éponyme et de la série elle-même me fit prendre conscience que de nombreuses graines demeuraient en gestation, des questions auxquelles il devait être apporter un éclaircissement. Beaucoup de situations scénaristiquement passionnantes se profilaient derrière un voile qui ne demandait qu'à être écarté.

La lecture de l'autobiographie de M.M. Kaye, A Sun in the Morning, acheva de me convaincre. Rarement un auteur était parvenu à me faire éprouver pareille fascination pour une époque. J'aime certes le Londres victorien, sa démesure industrielle et populeuse, mais je ne crois pas que j'aurai aimé y vivre : le sordide se tapit sous chaque mot de Dickens, chaque trait de Doré. A contrario, M.M. Kaye parvint à ce que j'eusse envie de partager son enfance : existe-t-il de cadre plus enchanteur qu'avoir pour terrain de jeu pour soi tout le Taj Mahal ou le fort d'Agra, ce lieu dont Conan Doyle fit le siège d'un fabuleux trésor dans Le Signe des Quatre, la seconde aventure de Sherlock Holmes ?

C'était décidé : j'allais brosser à grands traits la vie de Sarah avant qu'elle n'arrivât à Londres. Frances Hodgson Burnett, Ryuzo Nakanishi et Keiko Ryohroji m'avaient donné gracieusement quantité d'éléments pour planter une intrigue qui trouverait à s'épanouir dans la seconde saison (la série que l'on connaît). C'eut été bête de ne pas les exploiter.

Cette résolution ne me fait pas oublier les nombreux écueils qui guettent mon projet, écueils qui revêtent parfois l'apparence de contraintes : Princesse Sarah est un shôjô, une œuvre sentimentale. Hors de question que la prequel y déroge, même si, peut-être est-ce parce que je suis peu familiarisé avec ce genre, je souhaiterais y inclure des éléments destinés à étoffer l'intrigue. En effet, la série présente des caractéristiques scénaristiques qu'il me semble impossible de reproduire : une unité de temps relativement courte (un an, ce qui est raccourci par rapport au roman de Frances Hodgson Burnett) et une quasi unité de lieu (le pensionnat, hormis quelques digressions peu exploitées). Les différents épisodes de la prequel exploreront les moments clé de la vie de Sarah, comme la perte de sa mère et son déménagement à Bombay, ce qui est incompatible avec ces règles.

Restait la pierre d'achoppement, le sel, l'ingrédient sans lequel une histoire n'est qu'un soufflé tombant à plat : le méchant. Sans bon méchant, il n'est de bonne histoire. La prequel ne pouvait y déroger. Ici encore, il est malaisé de reprendre la trame de la série puisque, c'est une chose inhabituelle, Sarah est confrontée à trois types de méchants qui tous incarnent une persona bien définie sociologiquement. Lavinia représente l'hostilité de l'âge et du milieu (c'est une élève). James et Marie sont l'hostilité de son nouveau milieu social et traduisent l'aliénation intellectuelle qui menace Sarah (cet abêtissement qu'elle craint). Elément commun les liant, tous sont détenteurs de l'autorité envers elle. Enfin, Mlle Mangin et Me Barrow constituent l'hostilité du monde adulte sous la forme de la légalité et des apparences (l'hypocrisie victorienne voulant que les apparences priment sur la morale). Au point que, lorsqu'elle apprend le décès de son père et qu'elle est déchue de son statut social, Sarah se retrouve cernée de toute part et désespérément seule. Il lui faudra du temps pour reconquérir ses amies et transformer ses relations avec ses anciens domestiques d'une subordination parfois condescendante en une véritable amitié (Frances Hodgson Burnett se fait le chantre d'une morale déjà chère à Dickens, celle des petites gens à la bonté admirable).

Difficile de reproduire cela, sauf à imagine qu'en Inde Sarah ait des ennemis partout, parmi la domesticité, ses pairs, sa famille, etc. Hormis l'idée directrice d'un grand méchant, lié à un épisode clé de l'enfance de la petite princesse, je n'ai, à l'heure où je rédige ces lignes, qu'une vague esquisse présente à l'esprit.

Cette disgression enfin terminée, il est temps de se plonger les souvenirs d'enfance de Sarah...
 
Les Aventures de Sarah