| Dans le réfectoire du collège, où toutes les élèves sont attablées, la directrice annonce que la femme du Préfet va venir en inspection. Aussi, toutes sont priées de faire montre de zèle et d'ardeur, dans l'espoir qu'elle reparte satisfaite. Pendant ce temps, afin que tout soit d'une propreté irréprochable, Sarah s'active à brosser la grille devant le pensionnat ; elle se voit interrompue dans sa besogne par M. Dufarge qui, gentiment, amorce la conversation, notamment sur ses progrès en grammaire. Au ton de sa voix, on devine qu'il lui voue une sincère admiration, eu égard à son inaltérable courage face aux vicissitudes de l'existence. Sur ce, le vieil homme prend congé pour débuter ses cours. Du trottoir, Sarah entend la leçon dispensée aujourd'hui et y participe à sa façon. Le facteur arrive sur ces entrefaites et lui remet un pli qu'elle s'empresse d'apporter à Mlle Mangin. Celui-ci émane de la femme du Préfet. S'il ne dit mot au sujet d'aides éventuelles, à la grande stupéfaction de la directrice et de sa sur, Mme Martin s'avoue très désireuse de présenter à ses amis la jeune fille qu'elle avait rencontrée la fois précédente et qui l'avait éblouie par sa maîtrise du français. Si, à la lecture des faits, Mlle Amélia est enchantée qu'elle ait gardé un bon souvenir de Sarah, la directrice, en revanche, fulmine, les linéaments du visage déformés par la colère : la jeune Crewe n'est plus la représentante du collège, ça n'est même plus une élève! Mais la lettre les plonge toutes deux dans un profond embarras : il s'agit de ne pas décevoir leurs hôtes. Pour sa part, Mlle Amélia se révèle partisane de dire la vérité sur la survenance de ces tragiques événements. Gertrude la coupe brutalement, à la limite de l'apoplexie : il est impensable de dire la vérité sur le sort échu à la fillette! De dépit, elles se résignent à solliciter l'avis de M. Dufarge : en sa qualité de professeur émérite de français, peut-être pourra-t-il désigner une autre élève tout aussi susceptible de faire bonne impression? Pourtant, le vieux monsieur réplique sans ambiguïtés que personne d'autre que Mlle Crewe n'excelle à ce point dans cette discipline et que la seule solution consiste à réintégrer Sarah parmi la classe. Il y a là une certaine rouerie de sa part à exploiter la détresse de la directrice pour réconforter la petite orpheline néanmoins sans malice aucune : il est pénétré par l'idée d'agir justement, sans imaginer un instant les turpitudes que cela lui vaudra prochainement. Quoique cette nouvelle lui déplaise souverainement, l'intérêt du collège primant, Mlle Mangin se résout à obtempérer. Sarah se voit convoquée dans son bureau et, pour une fois, soulagée de toutes les tâches qu'elle doit d'ordinaire accomplir. La directrice lui expose ce qu'il en retourne mais ce qu'elle exige de la petite relève davantage d'un ordre auquel elle ne saurait se soustraire que d'une faveur. Reste que l'allure misérable de la fillette ne saurait seoir à la digne représentante du collège aussi Mlle Amélia est-elle chargée d'emprunter des vêtements plus conformes à un tel rang. L'apparition de Sarah dans la salle de classe provoque bien des conciliabules. Toutefois, lorsque Mlle Amélia demande qui accepterait de lui prêter une robe pour la journée, ses anciennes camarades répondent par un mutisme gêné. La petite orpheline se sent bien à l'écart, isolée : l'ostracisme dont elle est la victime lui fait réaliser qu'un abîme les sépare : désormais, elle évolue dans le monde des bonnes et des filles de cuisine. La princesse diamant n'est plus. Finalement, après que Lottie se soit proposée au point de déclencher l'hilarité générale, Marguerite consent volontiers à prêter ses affaires. Il était temps : la femme du Préfet vient d'arriver. Toute la classe l'accueille avec solennité, avant que M. Dufarge ne commence le cours. Sarah est bien sûr désignée pour réciter une leçon en français. Or, à la stupéfaction de l'auditoire, elle entend la dire sans livre, l'ayant apprise par cur. Et la fillette de déclamer un poème de Baudelaire avec une rare élégance. Tous s'avouent subjugués par sa grâce et visiblement très impressionnés, au point de l'applaudir chaleureusement. Tandis que la directrice emmène Mme Martin et sa délégation à l'écart, pour Sarah, la mascarade s'achève. Elle se lève pour quitter les lieux mais Lavinia et ses comparses l'assassinent sardoniquement de mots perfides : ses malheurs les inspirent de façon intarissable. Dans le salon, la conversation porte sur Mlle Crewe. Et la femme du Préfet de suggérer que la petite mette à profit ses dons pour enseigner cette langue aux plus jeunes de ses condisciples. M. Dufarge, ravi de l'aubaine, acquiesce. Mlle Mangin se plie à son conseil, non sans témoigner intérieurement une grande frustration. Becky, qui servait le thé, se dépêche de rapporter ces propos à Sarah : Lottie exulte et Marguerite quémande la permission de faire partie de son groupe d'élèves. Cette bonne nouvelle les transporte toutes de joie. Après le départ de leur hôte, la directrice signifie à la petite son nouveau rôle, sans cette fois-ci dissimuler son ire. Mais Sarah devra tout de même poursuivre ses tâches de servante. Plus tard, alors qu'elle se rend au marché, M. Dufarge, incidemment, chemine en sa compagnie. Sarah n'est pas dupe : quoiqu'il se défende d'y être pour quelque chose, la fillette le remercie de tout son cur. |