La lettre pour les Indes

Résumé de cet épisode :

Sarah est en train de nettoyer le parterre du perron lorsque arrive le facteur, porteur du courrier journalier. La fillette s'empresse aussitôt de le remettre à Mlle Amélia. Dans son bureau, la directrice, aidée de sa sœur, remarque la présence d'une volumineuse liasse de lettres parmi toute cette correspondance, liasse qu'elles mettent de côté. Puis, dans le couloir, Mlle Amélia entreprend de distribuer les enveloppes aux élèves, dans l'agitation générale tant le courrier égaie leur quotidien en leur apportant des nouvelles de leurs parents dont elles sont séparées. Sarah, elle, fait montre de résignation : la petite confie à Becky ne plus s'attendre à recevoir de lettre. Aussi, lorsque la directrice la prie de venir la voir afin de lui donner des plis à son attention, tous en provenance des Indes, la fillette est transportée de joie. A l'énoncé de cet événement, elle sent renaître en elle l'espoir après tous ces malheurs, alors que ses amies se livrent aux plus folles supputations. Passée l'émotion et non sans une certaine appréhension, Sarah se résout à entrer dans le bureau de la directrice. Cette dernière, avec malignité, lui jette les lettres sans aucun égard, tandis que sa sœur ne peut réfréner des sanglots. A leur vue, la petite orpheline constate avec effroi que toutes ces lettres sont celles qu'elle avait écrites à son père avant d'apprendre son décès, lettres qui lui ont été retournées. Tandis que Mlle Amélia s'évertue à lui prodiguer de vaines paroles de réconfort, la directrice assène avec brutalité que la preuve de la mort de M. Crewe se trouve bel et bien là, avant de la congédier sans ménagement aucun. Devant ses amies qui ignorent tout du drame, Sarah court se réfugier dans la lingerie. Là, submergée par la douleur, la petite fille épanche toutes les larmes de son corps sur les lettres étalées devant elle. Becky la rejoint pour tenter de la consoler mais devant l'ampleur de sa souffrance, elle non plus ne peut s'empêcher de pleurer. Une fois rassérénée, Sarah se rend au marché. Elle en profite pour faire un détour chez Me Barrow, l'ancien chargé d'affaires de M. Crewe, dans l'espoir de s'enquérir des circonstances entourant la mort de son père. L'avocat lui apprend que ce dernier a été trahi par un ami proche qui l'avait convaincu d'investir dans une mine de diamants sans valeur. Toutefois, l'avoué ne lui est pas d'un grand secours et il renâcle à l'aider davantage. Plus tard, Sarah s'ouvre à Peter de ce qu'elle a appris. Le garçon se montre ulcéré par le comportement de Me Barrow, guère soucieux d'aider la fillette, alors que sa fonction l'y oblige d'une certaine façon. Devant sa détresse, Peter lui propose spontanément son concours. Elle s'avoue touchée par son geste quoiqu'elle ne perçoit guère ce qu'ensemble ils pourraient entreprendre. Peter de lui révéler son idée : écrire une autre demande cette fois-ci destinée à la police de Bombay. Ainsi, Sarah serait en mesure de lever le voile de mystère entourant la mort de son père. Une fois la lettre rédigée, demeure le problème de l'acheminement : la petite n'a nul argent pour payer l'expédition. Mais son ami se révèle être plein de ressources : il suggère de remettre le pli à un marin en partance pour les Indes d'où il pourra remettre la lettre aux autorités. Aussitôt, les enfants se mettent en quête d'un bateau partant pour Bombay. Leurs recherches dans le port s'avèrent infructueuses, au point que la fillette se mette à désespérer ; mais la sollicitude de Peter finit par la rassurer, en lui promettant d'aboutir malgré ces tracas. In extremis, ils finissent par trouver le bon navire où un marin conciliant, touché par le sort de la petite fille, accepte d'emporter la lettre à destination. Sur le chemin du retour, les deux enfants conversent comme à l'accoutumé. Sarah avoue qu'elle a toujours du mal à croire à la mort de son père ; ainsi, aussi ténu soit l'espoir qu'il soit toujours en vie, elle préfère rester au pensionnat, en dépit des mauvais traitements, jusqu'à ce qu'elle obtienne une réponse des Indes. Car si d'aventure M.Crewe était encore vivant, c'est là qu'il chercherait d'abord sa fille chérie. Une fois revenue au collège, Sarah se fait durement gronder par la cuisinière qui la punit pour son retard à devoir aller se coucher sans rien manger. Mais même cette brimade ne parvient pas à entamer sa bonne humeur. Comme le constate Becky avant de s'endormir, c'est la première fois depuis la survenance de ces tragiques événements qu'elle voit Sarah aussi joyeuse. Simplement parce que la petite orpheline a enfin recouvré une lueur d'espoir.
 
_ Je vous remercie ! Je vous remercie !
L'air triomphant qu'elle met à le remercier n'échappe pas à l'attention du simple bourgeois d'humeur facile, qui vit paresseusement et de son revenu.
Charles Dickens (1812-†1870), Le Mystère d'Edwin Drood (trad. C.B. Desrone)
 
L'enfant était persuadée que son père ne l'avait pas abandonnée, elle vivait dans l'espoir qu'il reviendrait et dans la certitude qu'il serait plus heureux si elle restait où elle était.
Charles Dickens (1812-†1870), Temps difficiles (trad. Andhrée Vaillant), éd. Gallimard
 
Épisode précédent

Avis personnel à propos de l'épisode

"Sarah : _ Mon Dieu, ce sont les lettres que j'avais écrites... Tu te rends compte, Becky ? J'ai continué à lui écrire pendant tous ces mois... J'lui ai envoyé... Et lui, il était déjà mort !... Ce sont des lettres qu'il n'a jamais reçues ! Mon papa est mort sans savoir ce que je lui avais écrit..."
 

Par rapport à l'oeuvre de Frances Hodgson Burnett :

Frances Hodgson Burnett
Vis à vis du roman :

Contrairement à ce que pourrait laisser croire la visite impromptue de Sarah à l'avoué dans cet épisode, Me Barrow appartient à un cabinet juridique, avec un autre associé, puisque celui-ci a pour désignation Barrow & Skipworth. Cette visite de la fillette à l'ancien chargé d'affaires de son père est propre au dessin animé.
 

Par rapport à la vie de Frances Hodgson Burnett :

Frances Hodgson Burnett Après que Peter lui eût suggéré d'envoyer une lettre à la police centrale de Bombay, Sarah rétorque qu'elle ne peut pas car elle n'a pas d'argent pour payer le timbre et de quoi écrire. L'ingéniosité de Peter leur permettra de contourner cet écueil en confiant la missive à un marin en partance pour les Indes. La vie de Frances Hodgson Burnett présente un épisode comparable alors qu'elle n'était âgée que de 18 ans : au cours d'une discussion, sa sœur Edith lui fit remarquer que bien des histoires publiées dans les magazines pour jeunes filles qu'elles lisaient étaient grandement inférieures aux siennes en terme de qualité. Frances se résolut donc à envoyer le manuscrit d'une de ses histoires, ce qui nécessitait d'acheter suffisamment de papier (il ne fallait pas écrire des deux côtés d'une feuille, elle qui prenait parfois pour support des listes de commission, gêne oblige) et des timbres (notamment pour payer le renvoi du manuscrit s'il ne convenait pas à l'éditeur). Elle fut d'abord enthousiasmée par l'idée puis abattue en constatant qu'elle n'avait pas l'argent requis. Toutefois sa plus jeune sœur Edwina lui soumit une idée qui allait s'avérer fructueuse : elle lui rapporta que les filles de tante Cynthie étaient parvenues à vendre du raisin sauvage pour 1 dollar. Aussitôt dit, aussitôt fait, Frances et la famille allèrent cueillir du raisin dans les vignes sauvages près de New Market, dans le Tennessee, où elles vivaient. Elle put ainsi soumettre le manuscrit de Miss Carruther's Engagement à l'éditeur de Ballou's Magazine... Qui le rejeta. Frances persévéra et l'envoya à celui de Godey's Lady's Book qui lui demanda... Une autre histoire avant de se décider. Mais la réponse transporta de joie toute la famille. Frances se mit au travail et écrivit Hearts and Diamonds. Les deux nouvelles furent publiées, la première en juin 1868 (sous le nom de plume de The Second) et la deuxième en octobre de la même année. Frances reçut 35 dollars pour les deux récits. Sa brillante carrière d'auteur commençait.
 

Personnages figurant dans l'épisode :

Sarah Crewe
Becky
Amélia Mangin
Gertrude Mangin
Gertrude
Jessie
Lavinia Herbert
Lottie
Marguerite Saint-John
Marie la cuisinière
James le cuisinier
Peter
Dorothée
Linda
Christelle
Diana
Jennifer
Pénélope
Jeanne
Suzanne
Me Barrow
Emilie
César
Melchisédech
 

Divers

Anachronismes, erreurs et autres curiosités

Voir les sujets thématiques traités dans cet épisode