L'anniversaire de la petite princesse

Folle de joie à la lecture du billet signé par son père, la petite princesse ignore tout du drame qui se joue en coulisse et qui s'apprête à bouleverser sa vie.
 

Résumé de cet épisode :

Le collège est en effervescence, tout le monde s'affairant aux préparatifs pour célébrer cet événement qu'est l'anniversaire de Sarah. Comme d'ordinaire, seule Lavinia refuse de s'impliquer. Devant l'agitation de la directrice, qui visite même les cuisines pour s'assurer que tout est parfait, elle soupçonne d'ailleurs cette dernière de tramer quelque chose. Pour sa part, Sarah s'avoue gênée par tout ce faste. Mais lorsque la fillette paraît en public, sa robe lui vaut une avalanche de compliments. D'emblée, Mlle Mangin la prévient qu'un paquet l'attend : M. Crewe n'a nullement oublié l'anniversaire de sa fille chérie, ce qui comble de joie Sarah. Maintenant que tout le monde est présent, la fête peut commencer. Même Peter et Becky présentent leurs vœux. Aussi, lorsque la directrice leur ordonne de se retirer, Sarah sollicite la permission qu'ils puissent demeurer assister à la fête. Exceptionnellement, Mlle Mangin acquiesce. Celle-ci entame l'anniversaire par un petit discours où transparaît tout son intéressement derrière ses récents agissements : la fille de M. Crewe est en effet promise à devenir l'héritière de sa fortune et elle escompte bien que Sarah saura se montrer généreuse, notamment envers son établissement. Vient le moment où la petite fille découvre le cadeau fait par son père : une splendide et coûteuse maison de poupées, qui suscite l'ébahissement général. Sur ces entrefaites survient Me Barrow. Il est porteur d'une sombre nouvelle. Profitant du fait que les élèves se rendent dans la salle à manger pour goûter, l'homme de loi demande à s'entretenir à l'écart avec la directrice. Seule Becky reste dans la pièce quand ils arrivent. Craignant d'être punie, la servante se tapit sous la table et assiste à l'entretien. Le visage de l'avoué est déformé par l'acrimonie. Et l'homme de révéler que la mine de diamants n'existe pas, que le père de Sarah s'est ruiné en investissant tout son capital dans cette chimère. Pis, il a trouvé la mort dans cette entreprise, terrassé par les fièvres. A l'énoncé de la nouvelle, Mlle Mangin défaille. Ayant dépensé avec prodigalité pour le compte de la fille de M. Crewe, l'avocat entend rentrer dans son argent en saisissant tous les biens de Sarah. Ne pouvant se contenir, la directrice ne pense plus qu'à chasser Sarah de son collège, malgré les suppliques de Becky. Elle surgit dans la salle à manger et congédie toutes les élèves. Dans la foulée, sans ménagement, elle annonce à Sarah que son père est mort. Incrédule puis effondrée, la fillette se réfugie dans sa chambre pour épancher son immense douleur.

Hébétée et abasourdie, Sarah refuse de croire à la terrible nouvelle qu'on lui apporte.

Ma vie connaissait un jour de pénitence appelé anniversaire.
Charles Dickens, in L'embranchement de Mugby

Devant un parterre médusé, Mlle Mangin arrache avec brutalité le diadème de Sarah : fi de l'hypocrisie, c'est en désormais fini de la princesse diamant.

Si le succès est rare et vient lentement, tout le monde sait que les désastres sont rapides et toujours menaçants.
William Thackeray, in La Foire aux Vanités
 
J'avais déjà poussé le cri de désespoir de l'orphelin et je me sentais seul au monde. (...) Je pleurais, puis je m'endormais de fatigue, pour me réveiller et pleurer encore. Quand je ne pouvais plus pleurer, je commençais à penser, et le poids qui étouffait ma poitrine pesait plus lourdement, et mon chagrin devenait une douleur sourde que rien ne pouvait soulager.
Charles Dickens (1812-†1870), David Copperfield (trad. P.Lorain)
 
Épisode précédent

Avis personnel à propos de l'épisode

"Gertrude Mangin : _ On vient de m'apporter des nouvelles concernant votre père...
Sarah : _ Des nouvelles concernant mon père ?!
Gertrude Mangin : _ Oui, on vient de m'annoncer sa mort !...
Sarah : _ Il est mort ?! (...) Non, c'est faux !
Gertrude Mangin : _ Mademoiselle ! Comment osez-vous mettre ma parole en doute ? Maître Barrow, que vous connaissez, a reçu ce matin-même un télégramme des Indes.
Sarah : _ Un télégramme des Indes ?...
Gertrude Mangin : _ D'autre part, votre père est mort ruiné. Dans cette soit-disant mine de diamants, il n'y avait que des cailloux sans aucune valeur. Par le fait, vous aussi êtes ruinée ! Il ne vous reste absolumment rien, ma petite Sarah ! Vous n'êtes plus dorénavant qu'une petite pauvresse !
Sarah : _ Je n'arrive pas à croire que mon papa soit mort, il semblait tellement enthousiaste dans sa dernière lettre !
Gertrude Mangin : _ Maintenant, vous n'avez plus rien de la princesse diamant ! Et vous allez devoir quitter immédiatement cet établissement !"
 

Par rapport à l'oeuvre de Frances Hodgson Burnett :

Frances Hodgson Burnett
Vis à vis de la nouvelle :

Sarah apprend en personne le décès de son père, deux ans et demi après son admission dans le collège. Il n'est pas question d'investissement dans des mines de diamants ; simplement, une lettre lui annonce la triste nouvelle ainsi que la "trahison" perpétrée par son ami proche, M.Carrisford (Crisford dans l'anime), Ralph Crewe, n'étant pas un homme d'affaires accompli, ayant préféré lui remettre ses affaires. Le choc de sa faillite le laissa sans forces, aussi ne put-il lutter contre les fièvres contractées dans la jungle (Frances Hodgson Burnett emploie le mot de jungle fever pour désigner la maladie ayant emporté le père de Sara ; ce terme est très équivoque, sur le plan médical : il désigne tout aussi bien la malaria, parasite véhiculé par la morsure d'un moustique anophèle, que toutes sortes de fièvres mal définies). De même, l'annonce du trépas de M.Crewe et la déchéance de Sarah sont espacées de plusieurs jours.

Vis à vis du roman :

Dans le dessin animé, il ne nous est rapporté qu'en une seule occasion la réception d'une lettre par Sarah : au cours de la fête qu'elle donne pour se réconcilier avec Lavinia, Mlle Amélia lui remet un courrier de son père relatant l'histoire des mines de diamants (épisode 9). Après cet événement, nous sommes tenus dans l'ignorance des lettres postérieures qu'elle put recevoir. En revanche, dans le roman, l'auteur ajoute que son père lui adressa une lettre après :

"Quelques semaines avant son onzième anniversaire, Sara reçut une lettre ; elle lui était adressée par son père et ne paraissait pas écrite de sa plume habituelle, qui, à l'accoutumé, se voulait sémillante et pleine d'une légèreté juvénile. Il ne se portait pas très bien, accablé qu'il était par les affaires concernant les mines de diamants."
On aura remarqué que Sarah fête son neuvième anniversaire dans l'anime (contre son onzième dans le roman qui la vieillit). Voici la teneur de la lettre :

"« Vois-tu, ma petite Sara, écrivait-il, ton papa n'est pas un homme d'affaire né ; les chiffres, les documents, tout cela l'ennuie. Il ne les comprend pas vraiment et tout cela lui semble si colossal. Peut-être, si je n'étais pas la proie de la fièvre ne passerais-je pas la moitié de la nuit éveillé et l'autre moitié à me débattre dans des rêves inquiétants. Si ma petite dame était à mes côtés, elle me prodiguerait, j'en suis persuadé, des conseils aussi avisés que judicieux. N'est-ce pas que tu le ferais, ma Petite Dame ? »

L'une de ces nombreuses plaisanteries était de l'appeler sa "petite dame" à cause de l'air si démodé qu'il lui arrivait parfois d'arborer.
"
A notre connaissance, le père de Sarah n'emploie pas ce sobriquet de "petite dame" dans la série (Dans l'épisode 32, M. Crisford se souvient uniquement de celui de "petite fleur" lorsque son ami parlait de sa fille). Quant à la raison pour laquelle ce passage fut écarté par les scénaristes, elle tient à la façon de traiter la survenance de la mort de M. Crewe, plus brutale dans l'anime (Me Barrow l'apprend à Mlle Mangin qui, de stupeur, s'évanouit ; puis cette dernière rapporte sèchement la nouvelle à Sarah). Or cet artifice romanesque en atténue la soudaineté et le caractère imprévisible, en laissant entr'apercevoir, peut-être pour la convenance du lecteur, la nouvelle qui va bouleverser le sort de l'enfant.

L'anniversaire de Sarah connaît de profondes modifications dans l'anime ; ainsi il semblerait qu'elle ignorât la nature du cadeau fait par son père, contrairement au roman où M. Crewe demande à sa fille si un tel présent lui ferait plaisir pour la circonstance. Mais surtout, le plus grand changement touche le cadeau lui-même : à la place d'une maison de poupées, l'auteur parle d'une autre poupée, appelée "la dernière poupée". La symbolique véhiculée par cette acception est certes marquante, puisqu'elle traduit le passage vers la maturité (il n'y a qu'à se référer aux propos de la fillette pour s'en convaincre) en délaissant ce substitut d'enfant que constituait Emilie (Sarah se prend pour sa mère) et que cette poupée ne sera jamais baptisée (attitude plus rationelle et plus adulte, en somme) ; bien sûr, il s'agit d'une vision purement subjective, plutôt perçue sous l'angle de la société, _ Sara sera bientôt considérée comme par trop âgée pour qu'on puisse lui offrir une poupée, _ alors qu'à onze ans, elle n'en demeure pas moins une enfant. Peut-être est-ce une pique à l'encontre des conventions sociales de l'époque, en vertu desquelles à cet âge l'on était présumé suffisamment grand que pour travailler, et durement de surcroît (le sort de Sara et le ton du roman s'inscrivent évidemment en faux contre cela) ? D'un autre côté, elle amoindrit le rôle d'Emilie qui demeurera le seul lien de l'enfant avec son passé heureux et son père (mais aussi son seul réconfort dans les premiers moments d'affliction, après avoir appris sa disparition et lors de sa première nuit dans la mansarde battue par les vents). C'est avec finesse que les scénaristes ont choisi d'altérer ce passage puisque d'ailleurs la "dernière poupée" disparaît aussi soudainement qu'elle était apparue dans le roman, pour ne laisser la place qu'à Emilie.

"Il accomplit de merveilleux préparatifs en vue de son anniversaire. Entre autres choses, il avait fait commander une nouvelle poupée à Paris et sa garde-robe se devait d'être, bien entendu, comme un joyau de la plus belle eau. Lorsque Sara répondit à sa lettre lui demandant si la poupée constituerait un cadeau acceptable, la teneur de ses propos s'avéra des plus singulière :

« Je vieillis, écrivit-elle. Vois-tu, je n'aurais bientôt plus l'âge pour que l'on m'offre une autre poupée. Ce sera ma dernière poupée. Il y a quelque chose de solennel dans cela. Si je savais me faire poète, je suis sûre qu'un poème intitulé "La dernière poupée" serait très joli. Mais je ne sais pas écrire de la poésie. J'ai bien essayé, mais je n'ai pu que rire du résultat. Ça ne ressemblait pas du tout à du Watts, du Coleridge ou du Shakespeare. Personne ne pourra prendre la place d'Emilie, mais je respecterai tout de même énormément la Dernière Poupée. Et je suis convaincue que toute l'école l'adorera. Toutes les élèves aiment les poupées, bien que quelques-unes parmi les plus grandes _ celles qui ont presque quinze ans _ s'en défendent en prétendant qu'elles sont trop âgées pour cela.»"
Les propos épistolaires de Sara nous livrent par ailleurs quelques indices secondaires, quant à ses inclinations en matière de poésie, plutôt choisies (Isaac Watts, Samuel Taylor Coleridge, William Shakespeare...), et à l'âge des élèves, assez disparate (de Lottie, la plus petite du haut de ses quatre ans) aux plus âgées (15 ans, bien que Lavinia soit un peu plus jeune).

La différence de traitement perdure entre le roman et le dessin animé au sujet de la présence du père de Sarah : celui-ci ne fait qu'un bref retour dans la trame de l'histoire avec la lettre des Indes. A contrario, le roman éponyme s'oppose à cet effacement puisqu'il réapparaît au gré de petites scènes, toutes ayant pour fondement la correspondance qu'il nourrit avec sa fille. Ce procédé a pour finalité de montrer la détérioration de son état de santé (et la gradation qui l'accompagne, passant de préoccupations, à des terreurs nocturnes puis à des maux de tête, prémices des fièvres qui l'emporteront), afin de préparer le lecteur au drame qui s'apprête à survenir. L'anime opte en revanche pour une narration plus brutale puisque rien ne préparait le spectateur (et Sarah) à la soudaineté du décès de son père. Quoi qu'il en soit, voici le passage de l'œuvre, très émouvant au demeurant, où il reçoit la réponse de sa fille chérie à propos de la "dernière poupée" :

"Le capitaine Crewe souffrait de terribles céphalées qui lui vrillaient le crâne lorsqu'il lut cette lettre dans son bungalow des Indes. Devant lui, sur une table, s'amoncelaient des papiers et des documents qui l'effrayaient au point de l'emplir de pure angoisse, mais il ne put s'empêcher de rire comme il ne l'avait pas fait depuis des semaines.
«Oh, dit-il ; elle est de plus en plus drôle à mesure que les années passent. Puisse Dieu faire en sorte que ces affaires s'arrangent d'elles-mêmes afin de me laisser libre de courir à la maison pour la revoir. Que ne donnerai-je pas pour sentir ses petits bras autour de mon cou en cet instant ! Qu'est-ce que je donnerai pas ! »
"
Dans le dessin animé, la remise des cadeaux a lieu dans la bibliothèque du sous-sol et le repas qui accompagne les festivités, dans le réfectoire. Au contraire, dans le roman, la salle de classe sert de lieu de réjouissance ; quant au goûter, il est censé se tenir dans les appartements de la directrice (ce qui marque l'importance de l'événement bien plus que dans l'anime ; néanmoins, dans ce dernier, l'architecture de la pension, avec ses étages, rendait problématique la tenue de fêtes au sous-sol ou au rez-de-chaussée, suivie d'un repas au second étage, sans parler de la scène dramatique où Sarah, après avoir appris la funeste nouvelle, se précipite dans sa chambre en grimpant quatre à quatre les escaliers). Pareillement, la décoration change : il n'est pas question de draps rouges recouvrant les bancs (il n'y en a pas dans la bibliothèque) ; toutefois, l'on remarquera que des bandes d'étoffe rouge ont été accrochées aux murs en guise d'ornementation. Voici que nous apprend le roman :

"Son anniversaire devait se dérouler en grande pompe. La salle de classe, dans laquelle la fête devait avoir lieu, allait être décorée. Les boîtes renfermant les cadeaux ne devaient être ouvertes que cérémonieusement et le goûter, un véritable banquet plein d'éclat, devait se tenir dans les appartements privés de Miss Minchin. Quand le jour dit arriva, la maison tout entière fut prise dans un tourbillon d'excitation. Comment la matinée se passa, personne ne put le dire, tant il semblait y avoir de préparatifs à accomplir. Des guirlandes de houx furent disposées pour orner la salle de classe ; l'on avait déplacé les pupitres et des housses rouges recouvraient les bancs que l'on avait poussés contre les murs, tout autour de la pièce."
L'entrée dans la salle où se déroule la remise des cadeaux connaît de sensibles différences sous la plume de l'auteur. On notera le changement de tenue de la directrice (l'anime écarte cette manifestation de coquetterie, peut-être pour ne pas atténuer l'impression de rigueur et d'austérité émanant de sa personne ; mais c'est aussi son hypocrisie qui est stigmatisée : si sa sœur a la franchise d'affirmer publiquement son attrait pour les belles toilettes, Mlle Mangin, elle, réprouve ces futilités ; pourtant, dans son intimité, elle se laisse parfois aller à satisfaire sa vanité) et de Becky (ces habits neufs auraient amoindri l'image de petite Cendrillon brimée par des adultes sans cœur ; la dénonciation sous-jacente, à savoir exploiter sans vergogne une enfant en préservant les apparences, a peut-être été jugée trop subtile que pour s'avérer efficace) ; ou les trois boîtes abritant les cadeaux d'anniversaire (au lieu d'une). Au passage, le personnage de James est réduit à celui de simple silhouette tant son rôle est insignifiant. Quant à Emma, l'une des femmes de chambre composant la domesticité du pensionnat, elle a été supprimée (peut-être a-t-il été considéré, non sans raison, que l'ajout de personnel de maison hors Marie et James ne ferait qu'apporter davantage de confusion).

"Lorsque, dans l'après-midi, Sara entra dans la salle de classe, toute festonnée de guirlandes de houx, elle le fit à la tête d'une sorte de cortège. Miss Minchin, vêtue de sa plus belle robe de soie, la guidait en la tenant par la main. Suivait un domestique, portant la boîte contenant la Dernière Poupée, ainsi qu'une femme de chambre avec une seconde boîte dans les bras ; Becky, habillée pour la circonstance d'un tablier propre et d'une coiffe neuve, fermait le banc avec une troisième boîte. Sara eût grandement préféré entrer comme à l'accoutumé, mais Miss Minchin l'avait envoyée chercher, et, après une discussion dans son salon particulier, elle lui avait exposé ses volontés.

« _ Ça n'est pas un événement ordinaire, avait-elle dit. Par conséquent, je ne désire pas qu'il apparaisse comme telle. »

Aussi Sara fut-elle conduite en grande pompe ; elle ressentit une certaine gêne lorsque, en entrant, elle sentit les plus grandes filles la dévisager en se poussant du coude et vit que les plus petites se trémoussaient sur leurs sièges.

« _ Silence, mesdemoiselles ! ordonna Miss Minchin, devant les chuchotements qui s'élevèrent. James, mettez la boîte sur la table et ôtez le couvercle. Emma, déposez la vôtre sur un fauteuil. »
"
L'une des boîtes apportées par les domestiques laisse deviner que le père de Sarah a offert à celle-ci, parmi autres choses, un vêtement pour son anniversaire (peut-être une robe bleue de Paris). Ainsi ce passage où Becky darde un œil sur l'un des présents :

"Elle ne put s'empêcher de jeter un regard plein d'envie à la boîte sur la table. Des plis du papier de soie dépassait un morceau de satin bleu."
On considèrera avec intérêt la façon dont Sarah présente sa supplique dans l'anime et dans le roman. Ainsi, dans le premier, sa requête s'étaie sur le cadeau offert par Becky, de sorte que l'inviter s'apparente être la manière appropriée de la remercier, avant d'en appeler, non sans rouerie, à la bonté de la directrice (afin de la flatter) et de présenter cela comme une faveur pour laquelle la fillette saura se montrer reconnaissante, en attisant sa vénalité (l'adresse avec laquelle Sarah présente la chose à parvenant à instiller chez son interlocuteur qu'il est seul à l'origine de cet acte est remarquable). Voilà qui, sous couvert de mots banaux, dresse la figure d'une Sarah plutôt madrée, habile à discerner les ressorts animant les personnes l'entourant pour s'en servir le cas échéant

"Mlle Mangin : _ Très bien. Maintenant, Becky et Peter, il est temps de vous retirer.
Sarah : _ S'il vous plaît, mademoiselle…
Mlle Mangin : _ Oui ? Que désirez-vous, Sarah ?
Sarah :_ Auriez-vous la gentillesse de permettre à Becky et Peter de se joindre à nous ?
Mlle Mangin : _ Vous n'êtes pas sérieuse ?!
Peter : _ Oh, mademoiselle…
Sarah : _ Becky m'a fabriqué un joli coussin à aiguilles pour mon anniversaire et j'aimerais que tous deux soient mes invités. Ça serait un cadeau tellement merveilleux, mademoiselle mangin… Pour une fois, permettez-leur de s'amuser avec nous.
"
Dans le roman, en revanche, Sara construit son argumentation avec moins de finesse, l'auteur en profitant pour véhiculer une revendication sociale puisqu'elle stigmatise le travail des enfants. La fillette en appelle ainsi à l'humanité de son vis-à-vis afin qu'il reconsidère sa vision du monde (du moins, de Becky), ce qui revient à le culpabiliser. Toutefois, la témérité de l'enfant trouve ses limites dans la conclusion : plutôt que de plaider pour une émancipation de la petite servante avec la finalité que cela soit définitif, Sara glisse in fine que cette entorse n'est que temporaire : la mansuétude ne se justifie que parce que c'est son anniversaire, non parce que la condition de la domestique l'exige (on pourra néanmoins objecter que ses propos ont eu le mérite d'inciter la directrice à réfléchir à la chose) :

"_ S'il vous plaît, mademoiselle Minchin, dit Sarah abruptement. Est-ce que Becky pourrait rester ?

Voilà qui s'appelait témoigner de l'audace. Mlle Minchin laissa échapper un léger tressaillement avant de remettre son lorgnon en place et de fixer son élève modèle, non sans un certain trouble.

_ Becky ! s'exclama-t-elle. Ma chère Sarah !

Sara fit un pas en sa direction

._ Je voudrais qu'elle reste car je sais qu'elle aimerait voir mes cadeaux, expliqua-t-elle. C'est aussi une petite fille, vous savez.

Mlle Minchin était bouleversée. Son regard se porta d'un visage à l'autre.

_ Ma chère Sarah, fit-elle, Becky est une fille de cuisine. Et les filles de cuisine ne sont pas, euh... des petites filles.

Jamais la pensée de les considérer de la sorte n'avait auparavant effleuré son esprit. Pour elle, les filles de cuisine se résumaient n'être que des machines bonnes à porter des seaux de charbon et à entretenir les feux dans les cheminées.

_ Pourtant Becky est bien une petite fille, répondit Sarah. Et je sais que cela l'amusera. Je vous en prie, permettez-lui de rester : après tout, c'est mon anniversaire.
"
Après que Sara eut intercédé en faveur de Becky et de Peter, ces deux derniers la remercient avec la simplicité du cœur avant de se mettre à l'écart du reste des convives (Peter, notamment, est plutôt soucieux des convenances et n'oublie jamais son extraction sociale, contrairement à Sarah qui passe fréquemment outre ; ce dernier geste à l'endroit des domestiques en est une illustration). Dans le roman, où seul Becky est concernée, la petite servante remercie Sara puis Miss Minchin. Ensuite cette dernière lui commande, d'un simple geste de la main, d'aller se mettre dans le coin, près de la porte, et lui enjoint alors d'un ton comminatoire « Va là et restes-y. Et pas trop près des jeunes demoiselles ». L'on mesure à cette différence la divergence de maturité existante entre le personnage de l'anime et celui du roman.
 

Personnages figurant dans l'épisode :

Sarah Crewe
Becky
Amélia Mangin
Gertrude Mangin
Gertrude
Jessie
Lavinia Herbert
Lottie
Marguerite Saint-John
Marie la cuisinière
James le cuisinier
Peter
Dorothée
Linda
Christelle
Diana
Jennifer
Pénélope
Jeanne
Suzanne
Mariette
Me Barrow
Fleuriste
Emilie
Bonaparte
 

Divers

Anachronismes, erreurs et autres curiosités

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