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La gentille demoiselle |
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Véritable cauchemar éveillé pour Lavinia, la leçon de danse tourne à l'avantage incontestable de Sarah, sa prestance aérienne lui valant des applaudissements nourris de la part des élèves.
Qu'arriverait-il si le trouble se produisait ? Quels changements allaient s'opérer dans cette tête insoucieuse et dans se cœur mobile ? Voilà qui restait à découvrir. Charles Dickens, in Le Mystère d'Edwin Drood |
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Résumé de cet épisode : |
| Après le cours de maintien où Sarah a du essuyer une mesquinerie de Lavinia, la fillette croise dans les escaliers Becky, la nouvelle servante. A la grande surprise de cette dernière, Sarah ne manifeste aucune attitude hautaine à son encontre mais, de surcroît, la salue gentiment. Gênée, Becky répond qu'interdiction lui est faite de s'adresser aux élèves, au grand dam de Sarah. Celle-ci est fortement intriguée par Becky et questionne avidement Mariette sur sa vie et ses conditions d'existence. Les réponses de sa femme de chambre l'attristent grandement. Vient l'heure du cours de danse. Lavinia jubile et exhibe sa nouvelle robe. Son triomphe est de courte durée car Sarah se présente dans une tenue encore plus somptueuse, qui lui vaut les suffrages de toutes les élèves. Frustrée, Lavinia escompte bien se venger durant la leçon, elle qui passe pour être la meilleure danseuse de tout le collège. Elle entame le programme du jour, qui porte sur la valse ; sa prestation, convaincante, suscite l'admiration de tous. Lorsque enfin arrive le tour de Sarah, ses meilleures amies tremblent à l'idée qu'elle ne sache pas danser convenablement, voire se ridiculise. Mais, dès les premières mesures, l'assemblée est subjuguée, tant elle se montre gracile et brillante. Pendant ce temps, Becky doit faire le ménage dans la chambre de Mlle Crewe. Elle découvre l'univers de la gentille demoiselle, fait de luxe et de confort inouï, ainsi que son admirable garde-robe. Eblouie par cette féerie, son esprit se met à vagabonder jusqu'à ce que, ivre de fatigue, elle ne s'assoupisse sur la chaise à bascule. A son retour du cours de danse, Sarah la trouve endormie, avec Emilie dans ses bras. Pleine de compréhension, elle la laisse se reposer. A son réveil, en sursaut, quelle n'est pas la surprise de Becky de voir la fille de M. Crewe la traiter en hôte et l'inviter à goûter! Les deux petites filles discutent et, pour l'occasion, Sarah témoigne d'une grande simplicité. Bien plus, elle donne à Becky une profusion de gâteaux et l'invite à revenir chaque jour, après son travail. La reconnaissance, sincère et spontanée, de Becky émeut Sarah jusqu'aux larmes : toute princesse qu'elle est, elle se sent bien seule, à la fois isolée de son père et maintenue à l'écart, tant les autres personnes de l'établissement se montrent souvent obséquieuses et serviles en raison de sa fortune. |
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Epuisée, Becky a fini par s'endormir dans la chaise à bascule de la gentille demoiselle, serrant Emilie contre son sein. Derrière l'aspect émouvant de la scène se dissimule une critique à peine voilée du travail des enfants à l'époque victorienne : comment une fillette encore en âge de jouer à la poupée peut-elle être aussi durement exploitée pour un salaire de misère, a fortiori dans un lieu où l'on dispense de l'éducation à des enfants aussi jeunes qu'elle? Toujours sensible au sort et à la détresse des plus faibles, Sarah l'a bien compris et tâchera, par compassion, de soulager les peines de Becky, perdue et maltraitée, loin des siens. |
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Avis personnel à propos de l'épisode |
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Par rapport à l'oeuvre de Frances Hodgson Burnett : |
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Vis à vis du roman :
Dans le dessin animé, Sarah s'entretient fortuitement avec Mariette à propos de Becky, avant que ne commence le cours de danse. Le roman opte pour un ordonnancement différent : cette conversation entre la fillette et sa femme de chambre a lieu tard le soir, probablement avant qu'elle n'aille au lit. Après que Mariette se soit retirée, Sarah, assise devant la cheminée, songe à l'infortunée Becky avant d'inventer incontinent une histoire dans laquelle la petite servante endosse le rôle d'une héroïne maltraitée. C'est peut-être ce dernier point qui a conduit les scénaristes de l'anime à inclure le conte de Cendrillon, auquel il est fait allusion dans le présent épisode et dans le 6e.
Plusieurs semaines séparent la discussion avec Mariette de la scène où Sara découvre Becky endormie dans sa chaise à bascule. L'action se déroule lors d'un après-midi où sévit le brouillard. Becky, qui avait été obligée de s'occuper auparavant dans la journée des chambres des autres pensionnaires, finit par les appartements de Sara. Il ne semble pas qu'elle doive y faire le ménage mais simplement remettre les lieux en ordre pour le soir ; d'ailleurs elle a auprès d'elle un sceau à charbon, vide, et son nez, tout comme son tablier, sont tout barbouillés de poussière de charbon.
Une comparaison entre le roman et l'anime laisse apparaître de nombreuses divergences à l'endroit de la leçon de danse. D'abord, elle fait intervenir un personnage déjà mentionné dans la nouvelle, le maître de musique, qui est totalement absent du dessin animé : ses fonctions ont été, en effet, reprises par Mlle Amélia. La tenue de Sara change également radicalement : elle abandonne sa robe safran pour une tenue rose. Il est possible que les scénaristes aient préféré réserver l'idée d'une robe somptueuse pour le grand jour de son anniversaire (laquelle est d'ailleurs de cette couleur).Il n'est plus question de surcroît de couronne de fleurs : Sarah se contente de flots dans les cheveux. Sans doute cet élément véhiculait-il trop de préciosité. On dressera le constat que l'événement ne prête à aucune rivalité entre Sara et Lavinia : en cela, il convient de préciser que cette dernière, quoique se posant en rivale de la fillette, demeure bien plus effacée qu'elle ne l'est dans la série où elle coudoie Mlle Mangin pour le titre de grande méchante. Enfin, le sujet de la leçon n'est plus prétexte à une démonstration : l'héroïne du roman apparaît d'emblée comme une danseuse confirmée. Toutefois, il convenait de ménager le suspense, ce qui explique ce choix et l'incertitude pesant sur sa maîtrise de la valse.
"Lors de cet après-midi si particulier, Sara prenait sa leçon de danse ; or il convient de préciser que l'après-midi où le maître de danse se produisait revêtait toujours l'apparence d'un grand événement pour le pensionnat, quoiqu'il se répétât chaque semaine. Les élèves étaient apprêtées de leurs plus belles tenues. Comme Sara se distinguait par sa grâce, elle était d'ordinaire très sollicitée, aussi Mariette avait-elle été priée de la rendre aussi jolie et diaphane que possible.
Ce jour-là, elle portait une robe dont la couleur était pareille à celle d'une rose ; les boucles noires de sa chevelure supportaient une couronne, tressée par Mariette avec de véritables boutons de roses achetés par elle. Sara avait appris une nouvelle danse, ravissante, qui lui donnait l'air de traverser la pièce en voletant comme un grand papillon rose gracile ; l'enjouement, conjugué à l'effort, colorait son visage de bonheur."
Dans le roman, Sara, qui préfèrerait que la petite servante se réveille par elle-même, tout en redoutant l'intrusion de Mlle Mangin ou de Mlle Amélia, n'a pas à morigéner son perroquet pour qu'il se taise (il n'existe que dans la série). Becky est tirée de son somme par Emilie choyant à terre ; la scène diffère chez l'auteur :
"Un bout de charbon ardent mit un terme à sa perplexité sur l'instant. Il se rompit d'un morceau plus gros et cogna contre le garde-cendre. Becky tressaillit, avant d'ouvrir les yeux avec un hoquet de terreur."
La réaction effrayée de Becky _ elle sanglote même dans le roman _ est due à la crainte d'être mise à la porte, sans recevoir ses gages, après que Sara se sera plainte d'elle. A noter que Becky s'exprime avec un accent cockney prononcé : misses devient missus, an est abrégé en a' (dans a' accident, par exemple), and en an', minute est changé en minnit, et I ask your pardon en I arst yer pardon (Je vous demande pardon).
Sara ne lui offre ni gâteaux secs ni bonbons mais une grosse tranche de gâteau qu'elle tire d'une armoire.
Dans cet épisode, devant le spectacle que lui inspire la majestueuse robe de Sarah, Becky compare cette dernière à une princesse qu'elle a vue un jour entrer au théâtre, sans autre précision. On peut donc se demander s'il s'agissait d'un théâtre d'une ville du Kent, la région d'où Becky est native, comme Douvres, Canterbury, Margate ou Ashford (grâce à l'épisode 6 nous savons que son village s'appelle Ashfield, ce qui présente une certaine ressemblance homonymique). A contrario, le roman cite nommément le théâtre : il s'agit de celui de Covent Garden, que Becky, avec son accent, rudoie en Covin' Garden ; ce prestigieux établissement, initialement créé pour des représentations d'opéras italiens, ne doit pas être confondu avec le marché de fruits, légumes et fleurs de Covent Garden. Ceci appelle une autre réflexion : plus qu'une petite paysanne venue travailler à la capitale, Becky a un certain vécu à Londres (d'où son accent cockney) ; elle y aura probablement habité plusieurs années _ si elle n'y est pas née _ et occupé différents emplois avant de se retrouver au pensionnat de Mlle Mangin. On remarquera également que, par rapport à la citation extraite du roman, Sarah se montre plus prolixe au sujet de sa robe puisqu'elle ajoute que c'est son père qui l'a choisie exprès à son attention :
"«_ Est-ce que... hasarda-t'elle, en couvant du regard la robe rose. Et elle le demanda presque dans un murmure. Est-ce que c'est là votre plus belle robe ?
_ C'est l'une des robes que je mets pour danser, répondit Sara. Je l'aime, et toi ?
Pendant quelques secondes, Becky demeura muette d'admiration. Puis elle reprit d'une voix emplie de respect : « Une fois j'ai vu une princesse. Je me trouvais dans la rue, avec la foule, à l'extérieur de Covin' Garden, regardant les élégantes rentrer dans l'opéra. Et il y en avait une que tout le monde contemplait. On se disait "C'est la princesse". C'était une jeune dame, mais elle était toute vêtue de rose : sa robe, son manteau, ses fleurs et tout le reste. Ca m'est revenu à l'esprit la minute où je vous ai vue, assise là sur la table, mam'zelle. Vous lui ressemblez »."
L'attitude de Becky, empreinte d'étonnement lorsqu'elle est confrontée aux propos étranges de Sarah, nous est expliquée par l'auteur, même s'il est vrai que, dans le roman, la petite servante est plus frustre sur le plan intellectuel que dans le dessin animé :
"_ Eh bien, dit-elle, nous sommes pareilles : je ne suis qu'une petite fille comme toi. Ça n'est que par accident que je ne suis pas toi, et que tu n'es pas moi !
Cela échappait à l'entendement de Becky. Son esprit ne pouvait saisir d'aussi stupéfiantes pensées, car « un accident » signifiait pour elle un drame dans où quelqu'un se faisait écraser ou était tombé d'une échelle et devait être transporté à « l'orspitale».
_ Un accident, miss, fit-elle avec une voix où perçait l'agitation sous le respect. C'est un accident ?
_ Bien sûr, répondit Sara, avant de la regarder pensivement un moment. Puis elle lui parla sur un autre ton : elle s'était aperçu que Becky n'avait pas compris ce qu'elle avait voulu dire."
Le personnage de Sarah dans l'anime refuse de se considérer comme une princesse, tout au plus admet-elle qu'elle aime à les incarner lorsqu'elle conte des histoires. Mais il lui déplaît qu'on l'appelle ainsi ou qu'on lui montre ostentatoirement trop d'égards et de prévenance. D'ailleurs elle confesse à Becky combien l'idée lui est étrangère (elle réitèrera ses paroles dans l'épisode 9 en affirmant qu'elle n'est pas digne d'en être une) :
"Sarah : _ Tu sais, à vrai dire, je ne me sens pas du tout une princesse, mais vraiment pas du tout ! Je n'y ai d'ailleurs jamais pensé.
Becky : _ Non ?"
En revanche, dans le roman, si la chose paraît amoindrie par rapport à la nouvelle où la fillette se comporte comme si elle en était une, le personnage de Sara ne peut s'empêcher de jouer à faire semblant. Et, a contrario, la générosité de la petite dans le dessin animé n'est mu que par le spectacle de la détresse des autres, non par l'aspiration à se comporter comme une altesse :
"Si j'étais une princesse, une vraie princesse, murmura-t-elle, je pourrais prodiguer des largesses aux plus démunis. Mais, même si je ne suis qu'une princesse en imagination, je puis inventer des petites choses à faire pour les gens. Des choses comme celle-ci. Elle était aussi heureuse que si c'eût été un cadeau royal. Je vais imaginer que faire des choses que les gens aiment est comme donner un somptueux présent. J'ai donné un magnifique cadeau."
Dans l'anime, Becky glisse le petit paquet que lui remet Sarah dans la poche ventrale de son tablier ; dans le roman, en revanche, elle cache ces paquets dans une pochette qu'elle porte dissimulée sous sa jupe et nouée autour de la taille avec un ruban. |
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Personnages figurant dans l'épisode : |
Sarah Crewe
Becky
Amélia Mangin
Gertrude Mangin
Gertrude
Jessie
Lavinia Herbert
Lottie
Marguerite Saint-John
Marie la cuisinière
Peter
Mariette
Dorothée
Linda
Christelle
Diana
Jennifer
Pénélope
Jeanne
Suzanne
Emilie
Bonaparte
César |
Divers |
Anachronismes, erreurs et autres curiosités
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