La poupée Emilie

Sarah au comble du bonheur : la quête d'Emilie a enfin abouti !

Toute cette boutique lui semblait un palais ; cette poupée n'était pas une poupée, c'était une vision. C'était la joie, la splendeur, la richesse, le bonheur, qui apparaissaient dans une sorte de rayonnement chimérique (...).
Victor Hugo, Les Misérables (1862)
 

Résumé de cet épisode :

Après avoir été à la messe à Saint Paul, Sarah et son père se mettent en quête d'Emilie, la poupée que la petite fille souhaite ardemment. Emilie ne se résume pas à un cadeau d'adieu : c'est, pour Sarah, celle qui sera sa meilleure amie lorsqu'elle se retrouvera seule, séparée de son cher papa. Son imagination fertile et vivace lui a permis d'en dresser un portrait saisissant et exhaustif : Emilie est plus qu'une poupée, elle se révèle unique. Déambulant dans tout ce que Londres compte de boutiques de jouets, Sarah ne se décourage aucunement devant ses recherches infructueuses. Dotée d'un caractère bien affirmée, elle poursuit ses pérégrinations jusqu'à trouver par hasard Emilie, exposée dans la vitrine d'un couturier pour jeunes filles. L'insistance et la persévérance de Sarah auront raison du refus du commerçant de se séparer de la poupée. Puis, trop vite, vient le moment d'emménager au pensionnat. Le ballet des malles et bagages de la nouvelle élève pousse la directrice à livrer le fond de sa pensée : selon elle, Sarah est une enfant excessivement gâtée et capricieuse, qu'il conviendra de choyer dans un premier temps, de peur qu'elle ne se plaigne et quitte le collège ; sa présence est en effet vitale à la bonne santé financière de l'établissement. Lors de ce qui s'avère être le dernier entretien entre M. Crewe et sa fille, en aparté, Sarah feint une joie teintée d'insouciance alors que son cœur est empli d'un profond chagrin. Cependant, pleine de dignité, la petite fille refuse de faire des adieux en public, de crainte de verser des larmes au vu de tous. Dans la froidure londonienne, une calèche emporte M. Crewe vers son bateau, laissant Sarah esseulée dans sa chambre.
 
Les larmes de la séparation. Sarah ignore qu'elle ne reverra pas son père vivant.

Elle est là, à se reposer, sans savoir que je la regarde. Elle ne dort pas. Elle semble plus calme que je ne l'aurais espéré. Dans la pénombre j'ai vu des larmes couler de ses yeux mi-clos. Le petit souvenir que je lui ai donné, une simple broche, est posé sur sa table de chevet à côté de son livre de prières et d'une miniature de son père qui ne la quitte jamais. Je l'ai contemplée un moment, sa petite main posée sur le couvre-lit blanc. Je suis restée longtemps les yeux posés sur elle, immobile et respirant calmement, comme plus jamais je ne pourrai le faire. Ma pauvre chérie ! Malgré toute ta fortune et toute ta beauté, comme tu es seule au monde ! Le seul homme qui donnerait sa vie pour toi est à mille lieues d'ici, en train d'affronter les furies de l'océan.
W. Wilkie Collins (1824-†1889), La Dame en Blanc (Ed. Phébus, trad. L. Lenob)
 
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Avis personnel à propos de l'épisode

"Ralph Crewe : _ Allez Sarah, maintenant je dois partir...
Sarah (la voix entrecoupée de sanglots) : _ Papa... Je... Je crois que... je préfère rester ici... Parce que... Parce que je ne veux pas que tu me vois pleurer... J'aurais honte, papa...
Ralph Crewe : _ Sarah, ma petite fille ! Ma chérie... Moi aussi j'ai envie de pleurer, je vais partir vite... Ne sois pas triste ma petite Sarah, travaille bien et j'espère que tu seras heureuse ici..." 

(à venir)
 

Par rapport à l'oeuvre de Frances Hodgson Burnett :

Frances Hodgson Burnett
Vis à vis de la nouvelle :

La recherche d'Emilie est traitée en à peine une ligne puisque l'on apprend que "(Sarah) retourna chez Miss Minchin en fiacre avec une poupée presque aussi grande qu'elle, habillée de manière presque aussi splendide qu'elle-même, également". La compagne de Sarah n'est d'ailleurs pas achetée chez le couturier, M.Crewe se contentant d'y faire l'acquisition d'un chapeau pour sa fille, le reste de la journée étant consacré à faire des courses pour combler Sarah d'innombrables vêtements tous aussi précieux et magnifiques les uns que les autres.

Le moment de la séparation est aussi traité de façon concise, M.Crewe se bornant à remettre une somme d'argent à la directrice. Quant à Sarah, elle n'affiche pas un comportement aussi digne et stoïque que dans l'anime puisque, plusieurs jours durant, elle ne touchera ni à sa poupée Emilie, ni à son petit-déjeuner, à son dîner, à son thé et ne fera rien d'autre que de demeurer accroupie dans un coin, près de la fenêtre, à pleurer si fort qu'elle s'en rendra malade.

Vis à vis du roman :

Sara finit par trouver la poupée de ses rêves au terme d'une longue journée passée à écumer tous les magasins de jouets de la capitale (il se peut que Sara s'y soit également employée les jours précédents qui étaient toutefois dévolus à lui constituer une garde-robe digne d'une princesse, mais de façon moins soutenue) justement dans une boutique de ce type (et non chez un couturier pour jeunes demoiselles). En revanche, comme Sara souhaite qu'Emilie dispose à son tour d'une belle garde-robe, son père s'adresse à un tailleur spécialisé dans la confection de vêtements pour enfants afin de réaliser les effets de la poupée :

"Ainsi Emilie fut achetée et finalement conduite dans la boutique d'un tailleur confectionnant des habits pour enfants, et ses mesures furent prises pour qu'elle eût une garde-robe aussi splendide que celle de Sara. Elle eut des robes en dentelle, aussi, ainsi que d'autres en velours ou en mousseline, et des chapeaux, des manteaux et de ravissants dessous garnis de dentelles, des gants, des mouchoirs et des fourrures."
Les scénaristes de la série ont préféré condenser cette scène en regroupant l'achat d'Emilie et de ses habits en un seul lieu, avant d'y ajouter une péripétie _ le refus du commerçant de se séparer de la poupée servant de modèle d'exposition _ servant intelligemment de point culminant à cette petite aventure.

Dans cet épisode, on aperçoit Jessie, Gertrude et Jennifer, en tapinois dans l'escalier pour saisir quelques détails des appartements et des affaires de Sarah. Dans le roman, c'est Lavinia qui s'emploie à ce petit jeu ; elle rapporte d'ailleurs à Jessie qu'elle a entr'aperçu Mariette aux prises avec un coffre rempli de jupons. Et d'ajouter, lors de la leçon de géographie, qu'il n'y avait que ça : pleins de jupons, avec, sur tous, des kyrielles de volants en dentelle. C'est ce qu'elle porte après qu'elle eut fait son entrée dans la classe, précise-t-elle pour l'avoir vue en train de s'asseoir.

Sur un plan chronologique, les événements sont plus dilués dans le roman puisqu'ils s'étalent sur plusieurs jours : ainsi Sara et son père passent-ils quelques journées à courir les boutiques de mode, puis un jour entier est réservé à la quête d'Emilie avant que, le lendemain, Sara n'entre au pensionnat de Miss Minchin. Toutefois, ça n'est pas ce jour que M. Crewe s'embarque à destination des Indes mais le jour d'après.

Le roman contient une jolie scène pleine d'émotion et de tendresse qui n'a pas été inclue dans l'anime, probablement en raison des modifications dans la chronologie évoquées ci-dessus. Dans ce passage, le père de Sara se relève en pleine nuit et va contempler en silence sa fille endormie qui serre contre elle sa poupée, avant de confier toute la douleur que lui inspire cette séparation :

"Il se leva de son lit au beau milieu de la nuit et se rendit dans la chambre de Sara. Il se tint là, la regardant endormie avec Emilie dans ses bras. Sa chevelure noire rayonnait sur tout l'oreiller et les cheveux bruns dorés d'Emilie s'y étaient mêlés ; chacune d'elles portait une chemise de nuit avec un collier en dentelle, et toutes deux arboraient de longs cils qui reposaient et se relevaient en bouclant sur leurs joues. Emilie lui fit tant l'impression d'être un véritable enfant que le capitaine Crewe se sentit heureux qu'elle fût là. Il poussa un profond soupir et tira sur la pointe de sa moustache avec une expression enfantine.
_ Oh, petite Sara ! se dit-il. Je ne crois pas que tu saches à quel point tu manqueras à ton papa.
"
Le moment des adieux reçoit un traitement des plus concis, contrairement au dessin animé où les scénaristes ont choisi de développer ce moment, en lui insufflant grâce et émotion ; le passage où Sarah et son père, séparés par la porte, se retournent et s'apprêtent à saisir la poignée, avant de se raviser, rend ses adieux inoubliables. Voici la scène telle qu'un apparaît dans le roman :

"Puis il alla avec Sara dans son petit salon et se firent leurs adieux. Sara s'assis sur ses genoux et tint les revers du manteau de son père dans ses mains délicates, en le dévisageant longuement.
_ Es-tu en train de m'apprendre par cœur, ma petite Sara ? dit-il en caressant ses cheveux.
_ Non, répondit-elle. Je te connais déjà par cœur. Tu es dans mon cœur.
Et ils s'enlacèrent, s'embrassant comme si chacun ne voulait pas laisser l'autre s'en aller.
"
Ça n'est pas Mariette qui va prier Sarah de dire au revoir à son père mais Miss Amélia, à la demande expresse de sa sœur. Toutefois, contrairement à l'anime où la petite demeure muette sous l'empire de la douleur, elle se fend ici d'une réponse faite de sa douce voix empreinte de politesse : "Je l'ai fermée à clef. Je souhaiterais être toute seule, s'il vous plaît".
 
Frances Hodgson Burnett Bien que la plupart des petites filles de son âge jouassent à la poupée, on sait de l'enfance de Frances Hodgson Burnett qu'elle passait des heures dans la nursery en compagnie de la sienne ; la gamine lui faisait vivre mille aventures toutes plus trépidantes les unes que les autres et le rôle de l'héroïne lui incombait bien sûr, Frances endossant pour sa part tous les autres rôles au gré des circonstances.
 

Personnages figurant dans l'épisode :

Sarah Crewe
Ralph Crewe
Emilie
Amélia Mangin
Gertrude Mangin
Gertrude
Jessie
Lavinia Herbert
Lottie
Marguerite Saint John
Peter
Marie la cuisinière
James le cuisinier
Mariette
Couturier pour jeunes demoiselles
César le chat
Jump le poney

Divers

Anachronismes, erreurs et autres curiosités

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