| |
| |
Anne |
Blanche fille aux cheveux roux,
Dont la robe par ses trous
Laisse voir la pauvreté
Et la beauté,
Pour moi, poëte chétif,
Ton jeune corps maladif,
Plein de taches de rousseur,
A sa douceur. |
Charles Baudelaire (1821-1867), A une mendiante rousse |
|
| |
|
Après avoir été recueillie par Mrs Brown, l'adorable boulangère, la petite Anne apparaît à Sarah transfigurée : avec sa coiffe et ses vêtements neufs, elle n'a désormais plus rien en commun avec la petite sauvageonne en haillons.
Rien de plus navrant à étudier que les bas-fonds de la société anglaise. Nulle part la misère hideuse n'offre un contraste plus douloureux qu'à Londres, où, à côté d'une richesse et d'une splendeur toujours croissantes, on voit le pauvre plongé de plus en plus dans le dénuement, l'abjection morale et l'ignorance la plus complète. Dès ses premiers pas dans une des grandes rues de la métropole, l'étranger est péniblement choqué en voyant passer ces figures hâves, pieds nus, à peine couvertes de haillons sordides que percent leurs membres bleuis par le froid. Ces malheureux circulent au milieu de la foule affairée, élégante, sans invoquer ni provoquer aucune compassion. Louis Rousselet, Guides Diamant - Londres, 1879 |
| |
Tout le paradoxe du personnage de Anne, la petite mendiante, se résume dans cette apparente contradiction : elle ne fait qu'une fugace apparition au cours de l'épisode 23 avant de réapparaître lors de l'épilogue de l'anime ; pourtant elle a laissé une marque vivace dans l'esprit des gens puisque notre sondage de février 2006 en faisait le 3e personnage préféré, ex-æquo avec Lottie.
Or l'on ignore presque tout d'elle, de son passé _ que l'on devine tragique _ et même de son nom. La petite mendiante incarnera toujours cette frêle silhouette en hardes, torturée par la faim sous une ondée glaciale ; Sarah fut bouleversée par cette image au point de partager avec elle ses maigres pains
Que pouvons-nous dire de sa vie avant qu'elle ne soit recueillie par M. et Mme Brown, les boulangers ?
L'on peut avancer, sans trop affabuler, qu'elle est probablement orpheline ou qu'elle a été chassée par les gens qui jusque-là l'hébergeaient : des parents refusant de nourrir une bouche désormais perçue comme trop gourmande aux maquignons se débarassant d'une enfant récalcitrante en passant par de riches employeurs ayant abruptement éconduit une soubrette pour une raison inepte _ sans recommandations de surcroît _, tout est affaire d'imagination. Néanmoins son attachement et sa gratitude ostensible à l'endroit de ses bienfaiteurs laissent accroire qu'elle n'a plus de parents ou, du moins, de famille proche susceptible de lui venir en aide.
A compter de cet incident qui l'a précipitée dans la rue, son existence a basculé dans une rudesse indicible. Des nuits passées à errer vainement en quête d'un coin pour dormir, comme les bancs de pierre encastrés dans les parapets des ponts enjambant la Tamise, ou les porches, tout en craignant les policiers qui tentaient de se saisir des infortunés endormis dans la rue (et par-là même coupable de vagabondage), pour guetter les premières lueurs de l'aube à attendre que s'ouvrent les grilles des parcs publiques où il était permis de sommeiller sur la pelouse humide, des journées entières consummées à chercher un peu de nourriture tout en évitant les commerçants souvent peu amènes à l'endroit des petits mendiants de son accabit, suspectés de n'attendre que le moment propice pour se livrer à un larcin.
Mendicité + vols
Assistance publique / orphelinat
Nethersken |
| |
|
Sous une pluie battante, la petite Anne dévore des yeux la devanture de la boulangerie.
Un paquet de guenilles, rassemblées par une main qui, pour la dimension et la forme, était presque la main d'un enfant, mais qui, par sa petite étreinte, avide, désespérée, ressemblait plutôt ) la main d'un méchant vieillard. Un visage arrondi, et uni dans certaines parties comme celui d'un enfant de cinq ou six ans, mais en d'autres, pincé et plissé comme celui d'un homme usé par l'abus de la vie. Des yeux brillants, mais sans jeunesse ; des pieds nus, beaux dans leur délicatesse enfantine, laids par le sang et la boue gercés dessus. (...) Accoutumé déjà à se voir maltraité et chassé comme une bête sauvage, l'enfant prit une posture rampante, à la vue de l'homme qui l'examinait, puis il détourna de nouveau la tête, et arrondit son bras comme pour se garantir d'un coup prêt à l'atteindre.
Charles Dickens, Le Possédé (1848) |
| |
Je me souviens, une fois, dans la foule des gens, en pleine rue, je vis une petite fille, de six ans, pas plus, tout en guenilles, sale, pieds nus, famélique, saoulée de coups ; son corps, transparaissant sous les guenilles, était couvert de bleus. Elle avançait, comme inconsciente, sans se hâter nulle part, errant Dieu sait pourquoi dans cette foule ; peut-être avait-elle faim. Personne ne la remarquait. Mais, ce qui me frappa le plus _ elle avançait avec un air de malheur si profond, de désespoir tellement insondable sur le visage, que voir cette petite créature porter sur ses épaules tant de malédiction et de désespoir paraissait même un peu surfait, et vous faisait un mal terrible. Elle dodelinait toujours de sa tête hirsute, comme si elle réfléchissait à je ne sais quoi, elle étendait ses petits bras, elle gesticulait, puis, brusquement, elle les laissait retomber ensemble et les serrait sur sa poitrine nue. Je revins sur mes pas et lui donnai un demi-shilling. Elle prit la pièce d'argent, puis elle me regarda dans les yeux, pleine d'une stupeur sauvage, terrorisée, et, brusquement, elle s'élança, à toutes jambes, vers là d'où elle venait, comme si elle avait peur que je ne lui reprenne l'argent. |
Fédor Dostoïevski (1821-†1881), Notes d'hiver sur impressions d'été (1863) |
| |
Fiche signalétique : |
| Nom |
Anne. |
| Surnom |
Aucun. |
| Sexe |
Féminin. |
| Age |
Inconnu mais peut-être plus jeune que Sarah (donc moins de neuf ans). |
| Cheveux |
Bruns / Roux. |
| Yeux |
Bleus. |
| Nationalité |
Inconnue mais probablement anglaise ou irlandaise. |
| Taille |
Inconnue. |
| Poids |
Inconnu. |
| Lieu de naissance |
Inconnu. |
| Lieux où le personnage a vécu |
Londres. |
| Statut |
Mendiante puis assistante dans la boulangerie de M. et Mme Brown. |
| Signe particulier |
Anne, qui jusqu'alors était une street arab, sera recueillie par la boulangère, Mme Brown et son époux ; Sarah, juste avant de partir pour l'Inde, soumet son idée de distribuer de la nourriture aux enfants pauvres à partir des invendus de la boulangerie ; l'on sait que c'est Anne qui sera chargée de les distribuer. |
|
|
| |
L'avis de Princesse Sarah : |
 |
Anne m'est extrêmement sympathique. Quand je la vis, affamée, couverte de haillons et tremblante de froid, je fus bouleversée. Bien sûr, à l'époque, je mourais moi-même de faim mais je ne pus m'empêcher de lui donner presque tous les petits pains que j'achetai. Son allure misérable me rappela qu'il existait des enfants encore plus infortunés que moi : malgré la dureté et l'inclémence de Mlle Mangin, je n'étais pas condamnée à dormir dans la rue ou à mendier comme cette petite. Plus tard, après que M. Crisford m'eût accueillie chez lui, je revis Anne avec une immense joie, toute heureuse à l'idée qu'on eût pris soin d'elle : aucun enfant ne mérite de connaître l'enfer de vivre dans les rues de Londres ! |
|
|
| |
Le saviez-vous ? |
|
Ann (1820-1849) fut l'une des trois surs Brontë, avec Emily et Charlotte, de célèbres romancières du XIXe siècle. Or ces prénoms se retrouvent dans trois personnages importants du roman de Frances Hodgson Burnett : Ann, la petite mendiante (dans le livre, un chapitre final lui est même consacré), Emily (la poupée de Sarah) et Charlotte (diminutif de Lottie). |
|
| |
Par rapport à l'oeuvre de Frances Hodgson Burnett : |
 |
Vis à vis de la nouvelle :
Anne s'exprime normalement avec une sorte d'accent "cockney" qui n'a _ heureusement _ pas été repris dans l'anime.
Vis à vis du roman : |
|
|
| |
Par rapport à la vie de Frances Hodgson Burnett : |
 |
Comme bien des enfants des rues qui n'ont pas eu la chance de jouir d'une bonne éducation, Anne s'exprime dans la nouvelle avec un accent. Enfant, quoique issue d'une famille respectable, Frances aimait jouer avec les gamins et les gamines qui fréquentaient Islington Square, dans la banlieue de Manchester. De condition infiniment plus modeste, ceux-ci parlaient une sorte de dialecte, une espèce d'anglais abâtardi, le dialecte du Lancashire. Difficile de dire si l'auteur a puisé dans ses souvenirs pour le parler d'Anne ou s'il est typiquement cockney. Toujours est-il en revanche que, dans sa nouvelle intitulée Surly Tim's Trouble (datant de 1871), on parle ce dialecte qu'elle apprit alors toute jeune, bien que les parents convenables interdissent à leur progéniture de se mêler à ces gamins des rues. |
|
| |
Ce personnage apparaît dans les épisodes : |
| 23 , 46. |
|