Waterloo Bridge

Mais Waterloo !... à chaque pas, je me heurte à ce funèbre souvenir : rue Waterloo ! Pont Waterloo ! Impasse Waterloo ! Ils en ont mis partout.
Jules Michelet (1798-†1874), Sur les chemins de l'Europe (1834 ; paru en 1893)
 
Le pont de Waterloo Bridge.
Sarah emprunte le pont de Waterloo Bridge dans l'épisode 15, pour se rendre au marché de Covent Garden.

Le 18 juin 1817, deuxième anniversaire de la bataille de Waterloo, on fit avec grande pompe l'inauguration du pont, dit de Waterloo. Le prince régent, ayant le duc de Wellington près de lui, suivi de tous les officiers ayant pris part à la bataille et des régiments des gardes, y passa le premier. On avait fait élever des tribunes pour les principaux personnages du pays.
Mémoire de la Comtesse de Boigne (1921)
 
Waterloo Bridge. A droite,  Somerset House.
Waterloo bridge, tel qu'il apparaissait à l'époque de Sarah, avant sa démolition en 1936.
 
Waterloo Bridge.
Waterloo Bridge donnant sur Southwark, sur la rive droite de la Tamise. Notez la grande tour, à droite ; elle fut érigée en 1826, pour le compte d'une fabrique de cartouches pour pistolets et carabines.

(...) On est frappé de la majesté du pont de Waterloo, tout en granit d'Aberdeen, avec deux colonnes, saillantes à chaque pile. Ce pont, dont la chaussée est à 50 pieds du niveau de l'eau, est parfaitement plat ; il a neuf arches de 120 pieds de long sur 33 de hauteur ; sa longueur est de 2426 pieds anglais. La Tamise mesure là 1329 pieds de largeur. Le pont de Waterloo est d'un très-beau style, d'une solidité romaine, et d'une admirable proportion. C'est au bureau de péage de ce pont que se trouve le fameux tourniquet de fer qui n'admet qu'une personne à la fois, et qui communique, en tournant, une impulsion à l'aiguille d'un cadran situé dans la loge où il constate le nombre de passants. Invention tout anglaise, que ce contrôle mécanique !
Francis Wey, Les Anglais chez eux - esquisses de mœurs et de voyage (1854)
 
Aquarelle de Waterloo Bridge.
Vue du fleuve depuis le pont, en direction du nord-est ; à gauche, bordé de lampadaires et d'arbres dont émerge la cathédrale Saint-Paul, le quai de Victoria Embankment, avec l'embarcadère de Temple Pier ; le pont que l'on aperçoit devant est le Blackfriars Bridge. Illustration signée Yoshio Markino.

A l'origine appelé Strand Bridge, le pont sera débaptisé par un acte du Parlement en faveur de son nom actuel de Waterloo Bridge. Le péage sera supprimé le 3 octobre 1878, en partie pour fluidifier le traffic provenant de Waterloo station à destination de Northumberland avenue où apparaissaient de nouveaux hôtels de grand standing.
 
Illustration d'une vue depuis Waterloo Bridge.
Illustration extraite de London Town (1883) par Thomas Crane & Ellen Houghton, représentant la vue du pont en direction du sud-ouest. L'on distingue, à gauche du parapet, l'obélisque de l'Aiguille de Cléopâtre ; puis la courbe des quais de Victoria Embankment. Au pied du pont de Hungerford Bridge, l'on entr'aperçoit le bâtiment de la police fluviale de la Tamise. Au-delà du pont, se sont les silhouettes de l'abbaye de Westminster puis du Parlement que l'on voit avec, se découpant nettement, le clocher de Big Ben et la tour de Victoria Tower.

Ce pont devait être appelé le pont du Strand ; on ne pouvait même pas penser à lui donner le nom qu'il porte maintenant, puisqu'il fut commencé le 11 octobre 1811 ; mais les Anglais l'ont appelé le pont de Waterloo, afin d'immortaliser la célèbre victoire qui a rendu la liberté au monde, et qui a envoyé Napoléon dans l'île de Sainte-Hélène (...). Ce pont n'a duré que six ans à construire, puisqu'il fut terminé le 18 juin 1817. En ce jour, qui était l'anniversaire de la grande bataille dont nous venons de parler, l'ouverture s'en fit avec d'autant plus de solennité et de pompe, que parmi les grands du royaume présents à la cérémonie, l'on distinguait non-seulement le prince régent et le duc d'York, mais encore le duc de Wellington lui-même, lequel semblait communiquer à ce pont une partie de sa gloire, en lui imposant le nom de Waterloo... Pour construire ce pont, la compagnie qui s'en était chargée, porta son capital à la somme de 500,000 livres sterling (12,500,000 fr.) ; mais, comme les dépenses devinrent excessives, elle fut obligée de faire un nouvel emprunt de 500,000 livres sterling : ce qui élève la somme totale des dépenses à 25,000,000, monnaie française. Ce pont a cela de remarquable que seul, à Londres, il est absolument droit et uni ; sous ce rapport il ressemble au beau pont de Tours, qui est jeté sur la Loire, ou à celui d'Iéna à Paris, en face de l'École militaire. Tout est simple, si on le considère dans son architecture, mais aussi tout y est imposant et noble. Nous avons compté neuf grandes arches demi-elliptiques, qui ont chacune 120 pieds d'ouverture et reposent sur des piles, dont l'épaisseur est à peine de 20 pieds, d'une culée à l'autre ; l'on trouve que son étendue est de 1242 pieds, sur une largeur de 42, en dedans des balustrades. Un droit de péage a lieu, et il existera longtemps avant qu'on puisse rembourser la somme énorme indiquée tout-à-l'heure et employée pour la construction de ce pont : ce droit s'élève de un penny à un shelling six pence (trente sous) ; pour nous, quand nous le traversions à pied, nous donnions un penny, et dans une voiture à un seul cheval, trois pence (six sous). (...)
Mais c'est surtout sur ce dernier pont que plusieurs choses se sont offertes à nous, en même temps aux yeux du corps et aux réflexions de l'esprit. Nous avons vu tous les autres ponts jetés sur le fleuve, trois du côté de l'est et deux du côté de l'occident, et aussi plusieurs monuments que l'on voit également sur le pont de Westminster. Nous avons considéré encore avec une certaine attention les quatres loges occupées par les receveurs qui perçoivent les droits du péage, et dont le style dorique ne laisse pas d'avoir, dans son exécution, une certaine élégance. L'on trouve devant chacune de ces loges une machine fort ingénieuse, dont l'usage sert à indiquer le nombre des piétons qui passent dans le courant du jour. Il y a des tourniquets en fer ayant la forme d'une croix, lesquels ne s'ouvrent qu'autant qu'il est nécessaire pour laisser passer une personne à la fois ; comme ces tourniquets communiquent, par des engrenages, à une sorte de cadran qui se trouve placé dans la loge des receveurs, à chaque fois que ces tourniquets font leur quart de cercle voulu, le cadran, de son côté, fait un mouvement et laisse tomber une marque sous le pont dans une boîte fermée. Ce mécanisme paraît bien simple, sans doute, il atteste pourtant quelque sagacité dans celui qui en est l'inventeur.
Abbé Jean-François Robert, Voyage à Londres (1851)
 
Gravure de Waterloo Bridge.
Waterloo Bridge fut bâti par John Rennie selon les plans laissés par M. Dodd qui s'inspira du pont de Perronet à Neuilly. A cet endroit, la Tamise est large de 1326 pieds à marée haute (Gravure de Thomas H. Shepherd de 1828).
 
Peinture de Waterloo Bridge.
Waterloo bridge au soleil couchant, une œuvre de Claude Monet (1840-†1926) datée de 1904. Le peintre exécuta plusieurs réalisations depuis sa chambre de l'Hôtel Savoy où Sarah résida lors de son arrivée à Londres.
 
Princesse Sarah Sarah est bien entendu passée sous ce pont en steamer, lors de son arrivée dans la capitale, puis lors de son départ à destination des Indes (épisode 46). On la voit toutefois emprunter sans discussion possible Waterloo Bridge dans l'épisode 15 où elle reconnaît d'emblée l'hôtel Savoy dans lequel elle résida, elle et son père (ceci, dans l'épisode 1). Toujours dans le même épisode, on la voit converser avec Peter, près du parapet d'un pont ; il plus que probable qu'il s'agisse encore de Waterloo Bridge.