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Douvres |
Avant de quitter Douvres, ce n'est pas perdre son temps que de faire une excursion sur les falaises de craie qui s'étendent à l'ouest. On arrive assez vite au point le plus élevé, au Shakespeare-Cliff, à cent-dix mètres au-dessus du niveau de la mer. De là on découvre un triple panorama : la Manche devant soi, à perte de vue ; à droite la ville qui s'est rapetissée au point de n'être qu'un plan en relief ; au-dessus, le donjon.
Tout en admirant, il est essentiel de regarder à ses pieds. La muraille de craie descend perpendiculairement dans la mer, et les précautions prises ailleurs pour les touristes, sont négligées ici. La municipalité de Douvres n'a pas fait poser la plus petite barrière, le plus mince fil de fer. Cependant le Shakespeare-Cliff est très fréquenté, non seulement par les voyageurs, mais aussi par les gamins de la ville. |
Jules Degrégny, Londres - Croquis réalistes (1888) |
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Le steamer à bord duquel est Sarah arrive en vue des falaises de Douvres, donnant lieu à de vives réjouissances de la part de ses compatriotes absents depuis si longtemps de la mère patrie.
Au bout de deux ou trois heures, une ligne blanche sortit de la mer comme un nuage : c'était la côte d'Angleterre, qui doit à la couleur de ses rivages son nom d'Albion, sur lequel les vaudevillistes ont fait tant de couplets. Regardez cette immense falaise à pic, taillée comme un mur de fortification, qui s'élève sur la gauche, c'est le rocher de Shakespeare ; ces deux petites taches noires, ce sont les gueules du viaduc d'un chemin de fer en construction ; au fond de la baie, voilà Douvres et sa tour, que l'on prétend être aperçue de Boulogne quand il ne fait pas de brouillard, _ mais il fait toujours du brouillard. Le temps était très-beau, sans un seul nuage, et cependant un épais diadème de vapeurs couronnait le front de la vieille Angleterre ; la campagne qu'on entrevoyait, quoique dénudée par l'hiver, avait un aspect net, propre, soigné, peigné au râteau ; les falaises de craie, droites comme des murs, au bas desquelles la mer creuse des cavernes à souhait pour les contrebandiers, ajoutaient encore à la régularité de la perspective. |
Théophile Gautier (1811-1872), Une journée à Londres (1842) |
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Je passai un jour entier, dans la ville de Douvres, juste le temps nécessaire pour visiter son port, qui est si vaste et si commode ; les côtes de la mer, qui sont garnies de canons pour la défense de ce lieu, la forteresse ou citadelle placée au sommet d'un rocher qui a 500 pieds d'élévation. Sur ce rocher nous avons vu les bâtiments qui servent à loger la garnison, les débris d'un vieux château qu'on attribue à Jules-César, et parmi plusieurs canons, celui dont les Hollandais ont fait cadeau à la reine Élisabeth, et qui peut, d'après l'opinion populaire, lancer un boulet de Douvres sur les côtes de la France. Nous avons surtout examiné longtemps l'endroit où un Français fut précipité dans la mer, parce qu'il n'avait point voulu protéger dans son propre pays la domination anglaise. |
Abbé Jean-François Robert, Voyage à Londres (1851) |
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Douvres ne donne pas encore l'idée du climat de Londres. On y est protégé contre le brouillard et l'humidité par les vents du large. Il y fait seulement beaucoup plus froid qu'à Calais. J'ai été surpris de constater combien de changements un petit bras de mer peut apporter dans la température. A Calais, un costume d'été me suffisait amplement ; une heure après, à Douvres, je grelottais et j'aurais endossé volontiers des vêtements d'hiver. C'est d'ailleurs un usage commun en Angleterre, d'avoir toujours sous la main, même en août, les plus chaudes étoffes.
Si le climat de Douvres est meilleur que celui de Londres, la vie n'est pas plus facile dans une ville que dans l'autre. En sortant d'un paquebot on peut se donner tout de suite une idée de ce qu'il faudra dépenser dans vingt-quatre heures. Pour manger et pour dormir sans luxe, on est obligé de subir à Douvres des prix qui sont déjà le double de ceux de la France. (...) Heureusement, vingt-quatre heures suffisent pour visiter la ville qui n'a qu'une rue, mais dont les fortifications sont fort intéressantes. On n'a pas besoin de guide pour aller à la citadelle. Elle se voit d'assez loin. Il suffit de tourner le dos au port et d'aller droit devant soi jusqu'à ce qu'on aperçoive des sentinelles sur un pont-levis. Cet appareil n'a rien qui doive intimider. Des inscriptions fort commodes indiquent la route et déclarent qu'elle est libre. On franchit quelques rampes assez raides et l'on arrive dans la cour du donjon. Il existe un autre chemin plus curieux, mais plus pénible. Je ne suis pas certain, du reste, qu'il soit permis de le suivre jusqu'au bout comme je l'ai fait. On côtoie la mer jusqu'à ce qu'on soit arrêté par les énormes falaises de craie qui plongent à pic dans les vagues. On trouve à gauche un petit tunnel pratiqué dans la craie. On le prend, et quand on revient au jour, on n'a plus qu'à grimper le long des fortifications extérieures.
C'est une ascension assez fatigante ; il faut sans cesse monter et descendre ; parfois on n'a plus devant soi que des trous qui obligent à d'énormes détours. Mais nulle part on ne serait mieux placé pour admirer le développement des défenses de la citadelle. Douvres est beaucoup mieux protégé que Calais. Tous les points d'où l'on peut commander la mer sont munis de canons. Le grand souci de l'Angleterre se reconnaît bien dans ces précautions infinies. Malgré le « ruban d'argent », la peur d'une invasion est le cauchemar permanent de ce pays. C'est pourquoi la résistance au tunnel sous-marin a été si populaire. Par exemple je doute qu'elle soit bien utile. Le danger ne viendrait pas par le tunnel. Les progrès de la science nautique ne tarderont guère à supprimer le maigre obstacle d'une petite nappe d'eau que les Anglais appellent justement un « canal ». |
Jules Degrégny, Londres - Croquis réalistes (1888) |
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Le château de Douvres, vers 1890 (reproduit avec l'aimable permission de la bibliothèque de Douvres).
Je passai trois jours à Douvres ; c'était plus qu'il n'en fallait pour tout y voir. Comme ville, ce n'est rien ; comme port, peu de chose ; mais la mer y est d'une beauté ravissante ; on se promène très agréablement sur ses bords, quand elle s'est retirée. On y prend les bains de mer. (...) Douvres n'a point d'environs. L'air y dévore l'herbe et les plantes. A peine voit-on ça et là quelques arbres rabougris. On va au château par désœuvrement. C'est un amas de fortifications antiques, construites sur une montagne médiocrement élevée, et parmi lesquelles on montre une tour qui s'appelle la Tour de César. Pour la faire valoir davantage, on ne manque pas de l'attribuer à Jules : ce qui n'est ni prouvé ni même probable. Je me contentai d'examiner les dehors de cette place : la porte ne s'ouvre qu'à la curiosité qui paie.
A Douvres, le port est tout : la place, le cours, la bourse. On ne se rassemble pas ailleurs. Personne qui n'y paraisse une ou deux fois par jour, et bien des gens y passent la journée tout entière.
Mémoires de l'abbé Baston, tome II : années d'exil (1792-1803) |
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Douvres.
(Hôt : Lord Warden, entretenu par la Compagnie, et réuni au moyen d'une galerie suspendue à la gare du South-Eastern railway ; Ship ; Harp ; Dover-caste), V. de 30,000 hab., gracieusement située au débouché d'une petite vallée traversée par la Dour et dominée par un amphithéâtre de falaises escarpées.
En arrivant à Douvres, dit M. Knight, et en regardant l'étroit canal qui le sépare du continent qu'il vient de quitter, l'étranger ne peut s'empêcher de réfléchir sur les remarquables différences d'habitudes et de murs qui existent entre les habitants des deux rives opposées. Bien que Douvres soit l'avant-poste de toutes les villes situées sur le grand chemin de Londres au continent, cependant, elle n'offre rien de continental dans son apparence extérieure. Calais, Bourgogne, toutes les villes construites de l'autre côté du détroit et fréquemment visitées par les Anglais prennent toutes, pour ainsi dire, un costume anglais. Mais, sous ce rapport, l'Angleterre ne tient aucunement au système de réciprocité. Douvres est une ville parfaitement anglaise : ses maisons sont anglo-saxonnes ; anglo-saxons ses habitants, leurs affaires, la manière de les traiter, leurs amusements ou, si l'on préfère, leur indifférence à tout amusement. Pas une idée, pas une innovation n'a été empruntée aux voisins d'outre-Manche.
Les deux anciennes églises normandes, les restes du couvent de Saint-Martin, les nouveaux réservoirs (water-works), l'établissement de bains, n'offrent rien de curieux ; aussi l'étranger qui peut s'arrêter quelques heures à Douvres fera-t-il bien de gravir immédiatement le sentier escarpé qui mène au château, élevé de 93 mèt. au-dessus du niveau de la mer. C'est un ensemble hétérogène d'anciennes constructions et de fortifications modernes, couvrant un espace irrégulier d'environ 14 hectares. La partie la plus ancienne du château est la tour romaine, haute de 12 mèt., octogonale à l'extérieur, mais carrée à l'intérieur ; elle servait probablement de phare et de tour à signaux. A l'est de la tour s'élève une église, dont les fondations sont évidemment saxonnes : c'est l'une des plus anciennes d'Angleterre. Quant aux constructions normandes, elles sont très-considérables. La principale est le donjon qu'on voit de si loin en mer, et d'où la vue est vraiment admirable. Quelquefois, grâce au mirage, on peut distinguer du haut de cette tour la côte de France, se détachant sur l'horizon avec une précision extraordinaire. _ Les fortifications modernes qui hérissent toutes les hauteurs ne sont pas accessibles au public ; cependant on peut visiter une des casernes qui communique avec la ville par un escalier de 420 marches, taillé dans le roc. La falaise de Shakespeare, qui domine la ville du côté de l'ouest, est également un but de promenade très-intéressant.
Le port de Douvres occupait autrefois l'emplacement où est bâtie la ville, mais grâce à l'envahissement continuel des sables et peut-être au soulèvement de la côte d'Angleterre, il a considérablement diminué de profondeur et d'étendue. Il n'avait en moyenne que 3 mèt. d'eau à l'entrée, et par conséquent n'était accessible qu'à des vaisseaux d'un faible tonnage lorsqu'on a résolu de le recreuser et de l'approfondir. D'immenses travaux, non encore terminés, ont été entrepris ; de longues jetées, des brise-lames ont été construits par 11 et 12 mèt. de profondeur, dans une mer exposée à tous les vents : celle de l'Amirauté a déjà 500 mèt. de long. Quand le port sera terminé, il couvrira une superficie d'environ 130 hectares ; sa longueur sera de plus de 2 kil. et sa largeur de 1,200 mèt. Les devis évaluent la dépense totale à 67 millions de fr.
Élisée Reclus, Londres Illustré (1865) |
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Bien que Sarah n'ait pas été à proprement parler dans la ville de Douvres, du moins pas à notre connaissance, elle aura vu ses falaises lorsque le steamer à bord duquel elle voyageait depuis les Indes se sera rapproché de l'embouchure de la Tamise (cette vision enchante d'ailleurs les voyageurs, dans le prélude). Et, bien entendu, elle aura revu ses falaises lors de son voyage de retour aux Indes. |
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