Big Ben

Le fiacre de M. Crewe arrive en vue de Big Ben.
"Sarah : _Ecoute, c'est la cloche de Big Ben… Comme c'est beau!"
 
Big Ben en 1890.
Big Ben en 1890. Le bâtiment à droite cache l'entrée principale du Parlement et marque le commencement de Westminster Hall, la seule partie d'origine de l'édifice, datant de 1097.

Big Ben est assimilé dans l'imagerie et l'inconscient populaire à la silhouette de l'une des tours du Parlement. En réalité, ce nom désigne la plus grosse cloche de la tour, laquelle tour se nomme en fait Clock Tower (Tour de l'horloge) ou, si l'on se réfère à son appelation d'origine, St Stephen's Tower. La Clock Tower, qui mesure 318 pieds de haut (soit 96,92 mètres), se situe au nord du Parlement, à proximité de Westminster Bridge, dont elle achève la façade. Chacun de ses quatre cadrans fait 23 pieds de diamètre (7 mètres) et la grande aiguille mesure 4,25 mètres ; le tout a été confectionné dans du cuivre creux, afin d'alléger la structure de l'ensemble. L'édifice du Palais de Westminster (autre nom sous lequel est désigné le Parlement), construit de 1837 à 1860 (un incendie ayant ravagé le l'ancien bâtiment le 16 octobre 1834) pour la modique somme de 3 millions de livres sterling d'après les plans de Charles Barry, qui vit son projet triompher de 97 autres concurrents, comprend également la Middle Tower, haute de 300 pieds (environ 91 mètres), et, au sud-ouest, la Victoria Tower, mesurant 340 pieds de haut pour une base de 75 pieds (soit respectivement 103,63 mètres et 22,86 mètres), par laquelle le souverain britannique fait son entrée lors des cérémonies importantes se déroulant au sein des Chambres ; toutes les lois votées dans l'Empire y sont également conservées, ce depuis l'année 1497. Lorsqu'une lumière brille dans la Clock Tower, la nuit, ou que l'Union Jack, le drapeau britannique, flotte majestueusement au sommet de la Victoria Tower, tout Londres est informé que le Parlement est en session.
 
Big Ben.
Une première cloche fut fondue en 1856 par Warner & Sons, à Stockton-on-Tees, et elle fut acheminée par bateau jusqu'à la capitale. Néanmoins, lors d'un essai dans la cour du palais, elle se fissura sous les coups d'un battant trop lourd (E.B. Denison, un des plus fameux horlogers d'alors, avait augmenté le poids du battant après que celui de le cloche ait été porté de 14 à 16 tonnes ; l'initiative s'avèra malencontreuse). Aussi, une seconde cloche fut-elle fondue à la Whitechapel Bell Foundry, à partir de l'ancienne, d'un poids de 13,760 tonnes (elle présente également une légère fêlure) et transportée par un équipage de 16 chevaux, au milieu de la liesse populaire, à travers le pont de Londres, Borough Road puis finalement le pont de Westminster Bridge. Installée en 1858, elle sonna pour la première fois le 31 mai 1859 (Big Ben ne sonne que les heures : quatre autres cloches, plus petites, sonnent les quarts d'heure).
La réalisation de l'horloge revint à Edward John Dent, au terme d'une lutte âpre avec Benjamin Vuillamy, protégé de Barry, en 1852. Dent mourut cependant l'année suivante et ce fut son gendre, Frederick Rippon, qui reprit le projet. Dès 1854, le mécanisme était terminé alors que la tour, elle, n'était pas encore achevée. Si Charles Dickens, dans la Vie et aventures de Nicolas Nickleby nous dépeint l'oncle de Nicolas réglant sa montre d'après l'heure de St Paul, il faut convenir qu'il existait une marge d'erreur plus ou moins large entre l'heure réelle et celle indiquée par tous les clochers de la capitale. George Biddell Airy, un astronome de Greenwich, fut ainsi chargé de régler les mécanismes de l'horloge afin qu'elle indiquât l'heure à la seconde près ainsi que les jours, les mois, les années et les cycles. Une telle exactitude, exigée par la commission chargée de superviser les travaux (en 1844), fut alors jugée, par beaucoup, impossible pour une cloche aussi gigantesque. Il faudra attendre 1851 pour que des entrepreneurs entrent en lice. D'ailleurs, jusqu'en 1940, cette exactitude était contrôlée deux fois par jour, par télégraphe, par l'observatoire de Greenwich. Depuis son érection, Big Ben ne se tut qu'à trois reprises : à cause du froid, consécutivement à la rupture d'un ressort et par la négligence d'un ouvrier. Et elle ne dérogea à sa ponctualité légendaire qu'à une seule circonstance, le 10 mai 1941, après qu'un bombardement allemand endommageât la Chambre des Communes, elle indiqua l'heure avec une seconde et demie de retard.
L'origine de ce sobriquet affectueux de Big Ben prête à controverse. Outre la thèse selon laquelle elle aurait été appelée ainsi d'après le boxeur Benjamin Caunt, figure célèbre alors du noble art, l'opinion la plus communément répandue se plaît à croire qu'elle fut ainsi baptisée en l'honneur de Benjamin Hall, préfet des Travaux Publics de l'époque.
Par temps calme, l'on peut l'entendre carillonner dans la plus grande partie de Londres un arrangement d'une aria du Messie de Haendel
 
Une visite de Big Ben
Signé du pseudonyme "Uncle Jonathan", Walks in and around London était un ouvrage éducatif destiné aux plus jeunes, proposant à des fins pédagogiques une visite détaillée du Londres de l'époque. L'extrait ci-dessous est tiré de la 3e édition, datée de 1895 ; il concerne plus précisément Big Ben :
 
Nous allons maintenant passer à l'une des plus remarquables parties de ce merveilleux ensemble de grands bâtiments. La Clock Tower était, comme son nom l'indique, construite principalement dans le but de supporter la grande horloge et son colossal jeu de cloches ; et, depuis qu'une machine pour mesurer le temps a été inventée pour la première fois, jamais écrin si grand et élaboré n'avait été encore conçu. Son poids total est réparti entre neuf étages, sans compter la salle de l'horloge, la chambre de la cloche et la lanterne. Chacun de ces étages est divisé en pas moins de quatre, et parfois bien davantage, pièces qui s'étendent parallèlement à chacun des quatre cadrans de la tour. L'intérieur de la tour (dans ces pièces) mesure vingt-huit pieds carrés ( 2,60 m2) et est occupé en premier lieu par un conduit d'air, servant à ventiler l'ensemble des Chambres du Parlement, et qui s'élève jusqu'à son sommet ; puis, en second lieu, par la cage de l'horloge, une petite tour interne briquetée. Cette dernière est le support sur lequel repose la grande horloge, et ses poids descendent tout son long. Elle est haute de cent soixante pieds (48,77 mètres), et mesure onze pieds de long (3,35 mètres) pour une largeur de huit pieds six pouces (2,59 mètres), et ses murs font vingt pouces d'épaisseur (51 centimètres). Cette espace était à peine suffisant pour permettre à 'Big Ben' d'aller jusqu'au sommet de la tour : elle dut être montée de biais, car ses dimensions sont de neuf pied et demi de diamètre (2,90 mètres) et de sept pieds dix pouces de haut (2,38 mètres). Les étages inférieurs de la tour se composent de bureaux ordinaires.
L'accès aux parties supérieures de la tour est permis par un escalier en colimaçon qui est d'une grande longueur. Pour les cent premières marches, environ, le chemin jouit d'un éclairage au gaz, et l'air est confiné et oppressant. Avec les cent autres, vous émergez dans la pâle lumière du jour, projetée de temps à autre dans la cage d'escalier par l'une des soixante-huit fenêtres qui ornent la tour. Cent marches de plus, et le chemin est à nouveau enténébré, et vous sentez par instinct que vous êtes parvenu à une grande hauteur, et vous marchez avec une prudence nerveuse, ou vous regardez en frissonnant par-dessus les rampes vers les volées de marches, qui semblent se terminer dans une pâle lumière bleuâtre, faiblement aperçue loin en contrebas. Un autre effort, et littéralement à bout de souffle _ car vous avez gravi tout de même en tout trois cent trente marches _ vous êtes parvenu à la salle de l'horloge. C'est une pièce haute et obscure, de vingt-huit pieds (8,53 mètres) sur dix-neuf (5,79 mètres), pour une hauteur de quelques vingt-cinq pieds (7,62 mètres).
Si le mécanisme tout entier de la grande horloge était conçu pour être remonté manuellement, cette besogne requerrait quatre ou cinq heures, sans aucune interruption, et ce, chaque jour ; et quand bien même, cela s'avèrerait une tâche si pénible que ce serait par trop cruel que de l'infliger à des forçats ; le dispositif devrait être remonté de quelques quatre ou cinq mille tours, et des poids de plusieurs tonnes auraient à être hissés jusqu'à une hauteur de cent cinquante-six pieds (47,55 mètres). C'est pour cette raison, par conséquent, qu'il est remonté hydrauliquement, aux moyens d'une machinerie autonome. Le châssis de chaque cadran _ et il y en a quatre _ pèse quatre tonnes et a un diamètre de vingt-deux pieds six pouces (6,86 mètres). L'espace entre chaque intervalle de minute sur la façade mesure un pied deux pouces (35 centimètres) ; les chiffres accusent une hauteur de deux pieds (60 centimètres) et sont pratiquement à six pieds de distance les uns des autres (1,83 mètres). L'aiguille des minutes fait seize pieds de long (4,88 mètres), et malgré cela, elle est faite de cuivre creux aussi mince que sa longueur et sa robustesse le permettent, elle pèse tout de même deux cents hundredweight (soit 200 fois 112 livres c.à.d. 10,16 tonnes). La petite aiguille est longue de neuf pieds (2,74 mètres) et est fixée avec l'aiguille des minutes au centre du cadran par une énorme rose dorée (symbole héraldique faisant partie des armes de Westminster), qui a la taille d'une petite table. Tous les intervalles entre les chiffres et le mécanisme sur la façade de l'horloge sont vitrés avec du verre émaillé, afin de présenter l'apparence d'un cadran blanc dans la journée, et de permettre qu'il puisse être illuminé la nuit. Chaque cadran est éclairé par soixante brûleurs à gaz, lesquels sont allumés ou éteints grâce à une adaptation particulière des rouages de l'horloge. Le coût du gaz pour cela est de 500 livres sterling par an. L'horloge à un seul cadran de Malines, en Belgique, est plus grande que ces cadrans, mais pour une horloge à quatre cadrans, il n'y en a aucune au monde avec des façades aussi grandes. L'horloge de St Paul n'a que deux cadrans de 17 pieds (5,18 mètres), et est remonté quotidiennement ; à côté de cela, la plus grande horloge dans le Royaume-Uni est l'église Shandon, à Cork, qui possède quatre cadrans, chacun faisant seize pieds de diamètre (4,88 mètres).
Quittant les salles des cadrans, nous gravissons à nouveau ces escaliers éreintants, jusqu'à ce qu'enfin cela s'achève à la lumière éclatante du soleil, plus de deux cents pieds au-dessus des rues (60,96 mètres), au milieu d'arcs splendides et légers, avec au-dehors des ouvrages gothiques en fer martelé, tous richement dorés. C'est la chambre de la cloche, où les battants en fer du support en dessous sont placés. Le mécanisme par lequel Big Ben et ses plus petites cloches servant de carillons sont suspendues est simple, quoique magnifiquement adapté à sa finalité. Le dispositif dans son ensemble ne pèse que quelques quatorze tonnes ; pourtant, ça n'est nullement exagéré que de dire qu'il est suffisamment solide que pour supporter la tour toute entière. Le poids réel des cinq cloches qu'il soutient, avec leurs marteaux, dépasse les trente tonnes. Big Ben est suspendue au milieu d'une poutrelle appelée le collier, et pèse seize tonnes. Sa note retentissante est un mi naturel. Le marteau et le levier qui frappent la note pèsent ensemble une tonne.
Autant pour la chambre de la cloche et ses lugubres pensionnaires. Ils sont rivés en ces lieux, et ne peuvent jamais entonner un joyeux carillonnement : ils ne font que scander le passage d'heures éphémères, ou sonnent lentement le glas pour quelque grande calamité, nous faisant incliner la tête en signe de deuil. Depuis la chambre de la cloche, le mécanisme monte encore plus haut pourtant, mais les escaliers s'arrêtent, et les points élevés au-dessus ne peuvent être gagnés qu'en escaladant des échelles qui s'élèvent d'un échafaudage périlleux à un autre. Lentement le visiteur progresse, grimpant d'échelle en échelle, saisissant à travers de petites ouvertures de temps à autre un aperçu vertigineux des toits et des sommets de bâtiments élevés, avec la puissante cité à demi cachée dans ses fumées, s'étendant comme une carte devant loin en dessous. Une échelle de petite taille mène de cet endroit à la galerie de la lanterne, et soudainement, il vous semble entrer dans une féerie, ébloui que vous êtes par l'éclat de l'or et des couleurs alentours. Vous êtes maintenant bien au-dessus de l'horloge, et sous le toit pointu. L'ouvrage qui, d'en bas, semblait n'être que fines nervures et entrelacs de lignes dorées, est soudainement transformé en poutrelles, en boucliers et en arcs, si massifs en eux-mêmes qu'ils pourraient presque former une autre tour et on les dirait si imprégnés de dorures qu'ils paraissent être forgés à même le précieux métal. Le visiteur ne peut aller plus haut que la galerie de la lanterne, bien que le toit en pointe soit encore à une centaine de pieds au-dessus de lui, et si léger et gracieux qu'il apparaît depuis le sol, il n'en contient en fait pas moins de quatre cent tonnes de fer!
Revenu à nouveau sur le plancher des vaches, la grande tour de l'horloge nous paraît plus élevée et plus magnifique que jamais. Ça n'est certes qu'une partie ornementale des Chambres de notre Parlement, mais si d'aventure elle se dressait seule, cela serait tout de même un grand monument de raffinement et de virtuosité.
Uncle Jonathan, Walks in and Around London (1895)
 
Princesse Sarah Après l'avoir aperçue depuis sa chambre de l'hôtel Savoy, Sarah est passée tout près de la Clock Tower lorsqu'elle se rendit au collège, accompagnée de son père, dans l'épisode 1. Elle l'a également vue, à pied cette fois-ci, lors des épisodes 21 et 23 où elle emprunta le pont de Westminster Bridge. Enfin, elle l'aura vue également, depuis la Tamise comme il se doit, lors de son arrivée dans la capitale, puis lors de son départ, dans l'épisode 46.
 
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