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Abbaye de Westminster |
Wesminster ! Westminster ! N'est-ce point assez / de mon enfer terrestre et de mes maux passés ?
Par-delà le tombeau faut-il souffrir encore ? / Faut-il être toujours le satan qu'on abhorre ?
Et mes remords cachés, et leur venin subtil, / et le flot de mes pleurs dans les champs de l'exil,
et l'angoisse sans fin de ma longue agonie ! / N'ai-je pas expié les fautes de ma vie ?
Westminster ! Westminster ! Dans ton temple de paix / mes pâles ossements descendront-ils jamais ? Auguste Barbier (1805-1882), Westminster
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Visite à Westminster-Abbey, l'imposante église enveloppée dans les mystères des brumes anglaises, gothique à ravir, avec des chapelles latérales où sont ensevelis les rois, les reines et les princes royaux, avec des plafonds un peu lourds, surbaissés, mais agréables à l'il. Un tombeau très archaïque dans sa simplicité, celui d'Edouard le Confesseur, me rappelle les mosaïques de Palerme. Le souffle artistique a traversé le monde entier, et, aux temps les plus reculés, déjà les pensées des hommes se transmettaient. Les vibrations intellectuelles reliaient les hommes comme ils sont aujourd'hui rattachés par les fils télégraphiques. On tressaille d'admiration dans la chapelle des chevaliers de l'ordre du Bain construite par Henri VII, qui est sise au-dessus du chur. Les stalles de bois, finement sculptées, complètent merveilleusement les harmonies de la pierre gothique. Elles sont incrustées d'émaux qui figurent les armes des chevaliers et dominées par des bannières dont plus d'une a vu le feu. L'élégance des ornements est rehaussée par l'aspect guerrier de ces fiers drapeaux. On est saisi. |
Maria Star, Quinze jours à Londres (1898) |
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L'abbaye. |
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 Le jour tombe, lorsque, sortant des archives, je me retrouve en face de Westminster. Celui qui ne ferait qu'errer autour de la royale abbaye, n'en soupçonnerait nullement la beauté réelle. Au dehors, l'architecture est plus que médiocre. La chapelle d' Henri VII, toute prismatique, est riche, mais laide. La foule des petits clochetons à demi arrondis qui l'entourent, sont de très mauvais goût. Entrez, tout change. Cet intérieur est merveilleux. Ce qui touche, c'est que le travail excessif, semble indiquer moins le faste, qu'un tendre respect de la mort. Ces chapelles échelonnées, s'enfoncent en grottes sombres et profondes, comme pour mieux assurer le repos du dernier sommeil. Ils dorment, mais non ignorés. Je les vois tous là en effigie, couchés ou debout dans l'action. Ici, le beau Buckingham, qui ressemble à Louis XIV. Plus loin, Elizabeth, petite bouche prude. Guillaume et Marie : lui, sec, froid et ferme, comme dans l'histoire. Les deux Pitt, le dernier, foudroyant, sur la porte même l'église. Acôté, l'homme de paix, le véritable saint de l'Angleterre : Watt. Elle sait bien que si elle a vaincu la fière Albion, ce n' est pas par les armes, mais par son industrie. Son grand homme de mer, Nelson, sans ses gros et durs sourcils, aurait tout l'air d' un perruquier. Ce qui m'émeut aussi, c' est que Westminster ne soit pas, comme notre Saint-Denis, uniquement la dernière demeure des rois de la terre. Ici, je vois au premier rang, non seulement les hommes politiques, les hommes de guerre, mais aussi les rois de l'esprit : Shakespeare, Milton, Pope, Goldsmith, Addison, Haendel... je m'arrête, l'énumération en serait trop longue. Un pareil hommage fait grandement honneur au sentiment national de ce peuple. |
Jules Michelet (1798-1874), Sur les chemins de l'Europe (1834 ; paru en 1893) |
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L'abbaye vue depuis le Parlement, en 1895. A droite, l'église de St Margaret's Church ; Winston et Clementine Churchil s'y marièrent. |
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L'abbaye de Westminster, dont le nom signifie monastère de l'Ouest, fut fondée par le roi Edouard le Confesseur ; mais dès l'année 1220 Henri III en modifia sensiblement la construction, et l'édifice commença à prendre l'aspect qu'il a conservé jusqu'à nos jours. Les bâtiments du cloître sont situés au midi. En sortant des voûtes basses du cloître pour pénétrer dans l'église, le contraste est frappant ; l'il mesure avec respect ces groupes de hautes colonnes d'où s'élancent hardiment les ogives. Les chapelles latérales sont encombrées de tombes et de monuments funéraires et peuplées de statues. Là, les hommes éminents de l'Angleterre, les rois, les prélats, les poètes, les guerriers, les diplomates, supprimant les siècles qui les ont séparés, se pressent dans une assemblée de contemporains illustres, _ évocation de pierre devant laquelle reculerait l'imagination. « Les simulacres des gloires suprêmes, comme on l'a dit, sont mêlés à ceux des gloires inférieures, et ils les illuminent au lieu de les jeter dans l'ombre. »
Il y a des statues à genoux comme en prière, d'autres étendues sur les tombes, les mains jointes, des guerriers sous l'armure, des prélats avec la crosse et la mitre, des gentilshommes couverts de leurs manteaux, des souverains le front ceint de la couronne. Plus d'un monument porte la marque de l'instabilité des hommages humains. Les uns ont été pillés, les autres mutilés. Le cercueil d'Edouard le Confesseur a été forcé, ses restes dépouillés de leurs ornements funèbres.
Le 30 janvier 1661, jour anniversaire de la mort de Charles Ier, les caveaux furent envahis par la populace ; les tombeaux de Cromwell, Ireton et Bradshaw furent violés, et leurs cercueils traînés à Tyburn. Les trois cadavres, pendus aux gibets, y restèrent jusqu'au coucher du soleil ; puis on leur trancha la tête. Les corps furent abandonnés dans un trou creusé sous les gibets ; leurs têtes, fixées sur des pieux, furent portées à Westminster Hall, où elles demeurèrent trente ans. Les représailles ne s'arrêtèrent point là. Les restes de la mère d'Olivier Cromwell et de sa fille, qui l'une et l'autre avaient été des modèles de vertu durant leur vie ; ceux de Dorilas, assassiné par les royalistes en Hollande ; ceux de May, l'historien du Long Parlement ; ceux de Pym, l'ardent républicain, et de Blake, l'un des plus grands amiraux de l'Angleterre, furent aussi enlevés de leurs tombeaux de l'abbaye et jetés pêle-mêle dans une fosse ouverte dans une église de Londres.
Le « coin des poètes », situé dans le transept méridional, n'a pas souffert de telles réactions. Les monuments y sont simples. Shakespeare _ dont la tombe est à Stratford-sur-Avon _ et Addison y ont des statues ; mais il a suffi à la plupart de ces doux génies, _ les moins atteints par la mort, puisque leurs uvres leur survivent rayonnantes, _ il a suffi d'un buste, d'un médaillon, quelquefois même d'une inscription. Les noms seuls avaient assez d'attrait pour retenir longtemps les visiteurs dans ce milieu. On y voit les monuments de Chaucer, de Spencer, de Prior, de John Gay, de Milton, de Dryden, de Thomson, de Goldsmith, de Southey, de Thomas Gray, de Samuel Butler, de Ben Jonson, de Cowley, de Thackeray, de Dickens, et de tant d'autres à qui la mort, en les sacrant, a donné le droit de figurer dans ce Saint-Denis des rois d'Angleterre. Un peu plus loin, les deux amis reconnurent Garrick, le sourire aux lèvres : un comédien pourtant ! (...) La plus belle des chapelles de Westminster est celle de Henri VII. Douze degrés de marbre noir y conduisent par une voûte magnifique. Devant les visiteurs, de grandes portes de chêne, sculptées et dorées, tournèrent pesamment sur leurs gonds comme des portes de bronze, et ils aperçurent une nef centrale, deux ailes latérales, et au fond plusieurs petites chapelles ; des stalles garnissent les côtés de cette chapelle de Henri VII ; elles sont surmontées de casques et de cimiers des chevaliers de l'ordre du Bain, de leurs écharpes et de leurs épées, et, dominant le tout, de leurs bannières armoriées. Les chevaliers de cet ordre recevaient ici, autrefois, leur investiture. Cela constitue un ensemble imposant. Mais l'il suit bientôt le jaillissement des grands arceaux vers une voûte dont les clefs pendantes ont une magnificence au-dessus de toute expression. On admire sans se lasser. Un artiste a appelé cette voûte « le ciel des sculpteurs ». Au milieu de ce grand mausolée se dresse le double tombeau de Henri VII et de sa femme Elisabeth d'York. Leurs statues sont couchées sur la pierre. Disséminés dans les bas côtés, se remarquent les monuments de Marie Tudor, de Marie Stuart, d'Elisabeth, de Jacques Ier, de Charles II, de Guillaume III, de la reine Anne. D'autres souverains, d'autres princes, sont aussi inhumés dans cette partie de l'édifice. |
Constant Améro, Douze jours à Londres (1890) |
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Il faut, maintenant, consacrer plusieurs matinées à Westminster. Cette abbaye est la perle de Londres. Elle seule vaudrait le voyage. Non pas qu'extérieurement elle soit supérieure à Notre-Dame de Paris, aux cathédrales d'Amiens ou de Reims ; elle semble, au contraire, comme les autres édifices du pays, plus lourde, plus écrasée. A toutes les époques, le climat a pesé sur l'aile des artistes. Mais l'intérieur de Westminster, surtout ce qu'on appelle les chapelles royales, est d'une incomparable beauté. Quand le regard monte vers la voûte de la chapelle centrale, il ne peut plus redescendre. Il a fallu, entre les architectes et les sculpteurs, un merveilleux accord de génie pour créer par centaines les clefs de cette voûte unique. Les sculptures y sont innombrables, ou plutôt tout est sculpture ; néanmoins, il n'y a pas de profusion ; c'est léger, aérien, et l'on a le sentiment de la solidité. Le ciseau de l'artiste semble avoir été libre de voler comme il lui a plu, et l'ordonnance du dessin lui interdisait la fantaisie. C'est la richesse du style arabe, sans caprice possible.
La chapelle elle-même n'a pas été moins richement ornée que la voûte. Les boiseries qui la revêtent sont de toute beauté. Les stalles du chur ont été travaillées par des mains aussi patientes, aussi habiles que celles qui ont créé les merveilles justement célèbres de Bruges et de Malines. Mais ici commence l'abus par lequel l'orgueil britannique a gâté l'un des plus beaux monuments du monde. On est obligé de constater que, si les Anglais n'ont pas été iconoclastes à la manière des Hollandais, ils l'ont été à la leur. Ils n'ont pas détruit, ils ont pris et adapté. Au lieu de conserver intacts, isolés, comme des reliques artistiques, les chefs-d'uvre du culte qu'ils ont répudié, ils les ont détournés à des usages pratiques.
Au milieu de la chapelle centrale, à la place de l'autel, s'élève une vaste cage en fer forgé. C'est le tombeau d'Henri VII. Le travail en est très remarquable, mais cette immense machine empêche de reconstituer la chapelle telle qu'elle a dû sortir du ciseau de ses créateurs. J'en dirai autant des superbes stalles en bois sculpté qui bordent les deux côtés de la chapelle ; on a cloué dessus une série de plaques en cuivre gravé qui rappellent assez les réclames fixées aux portes des magasins ; ce sont les noms et les armoiries des chevaliers de l'ordre du Bain. On ne s'attendrait pas à en trouver en un pareil lieu ces manifestations de la vanité humaine. On ne se croit plus dans un temple, et l'on mettrait son chapeau sans le respect dû aux morts.
La surprise est encore plus vive quand on sort des chapelles royales pour visiter la nef et les transepts. C'est un étrange fouillis de monuments élevés à la mémoire des Anglais grands ou petits qui ont su faire un peu de bruit en passant sur la terre. Le musée de Mme Tussaud est inspiré par la pensée qui a guidé l'ameublement de Westminster ; il est organisé de la même manière, avec le même ordre : d'un côté les rois et reines d'Angleterre, de l'autre les hommes d'Etat, ailleurs les marins, plus loin les poètes. Dès qu'un personnage meurt, il entre dans la collection. La cendre de Disraéli était à peine refroidie que sa statue était dressée dans Westminster, au moyen d'une souscription des membres du Parlement, souscription que le socle a grand soin de rappeler. Dickens et Thackeray sont déjà casés. Je pense que Darwin le sera bientôt, quoique ses théories défrisent un peu les amateurs de la Bible.
Entre Tussaud et Westminster, il n'y a que la différence de la matière ; là-bas on emploie la cire, ici le marbre. Ajoutons pourtant que Mme Tussaud est plus sévère dans ses choix que les administrateurs de Westminster. Tel bonhomme qui figure en marbre dans l'abbaye, avec des nymphes éplorées autour de son corps, a paru trop obscur à Mme Tussaud pour mériter un moulage en cire.
Ce que l'Angleterre glorifie dans son abbaye, ce n'est pas la vertu, _ le fameux Georges Villiers, duc de Buckingham, occupe une des meilleurs places, _ c'est la fortune, la puissance, les deux idoles devant lesquelles elle vit prosternée, qui sont toute sa religion. L'Angleterre est, je crois, le seul pays du monde où les églises aient été transformées en musées. Ce n'est pas seulement à Westminster qu'elle l'a fait ; on retrouve la même habitude à Saint-Paul, où l'aventurier Gordon occupe déjà une chapelle.
D'ailleurs, l'habitude ne serait pas mieux justifiée à Westminster qu'à Saint-Paul. La célèbre abbaye n'est pas conservée à titre de simple curiosité ; on y célèbre toujours les offices. En traversant ces longues rangées de statues pour aller à leurs bancs, les fidèles doivent recueillir de singulières leçons ; la compagnie des Indes a fait élever assez de monuments pour leur rappeler qu'ici-bas il faut songer avant tout à gagner de l'argent. |
Jules Degrégny, Londres - Croquis réalistes (1888) |
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 Arrivé à Londres, j'allai à l'abbaye de Westminster, la Santa Croce de l'Angleterre.
En entrant dans cette église, si on était seul, on se prosternerait le front sur le pavé.
Un panthéon de cette espèce est un immense argument de marbre en faveur de l'immortalité de l'âme.
A peine entré, on lève les yeux vers les hautes ogives des voûtes, puis on les promène sur le peuple de statues qui vous entoure. Là les grands hommes sont en foules, ils se pressent, ils se cachent les uns les autres. Au bout de quelques pas, on rencontre Pitt, Palmerston, Robert Peel, avant-garde digne de la légion. Dans un coin, Pascal Paoli. Les simulacres des gloires suprêmes sont mêlés à ceux des gloires inférieures, et ils les illuminent au lieu de les jeter dans l'ombre. C'est un panthéon divinement démocratique. Les grands princes dorment à côté des grands poètes. Près de Shakespeare, il y a un pédagogue : André Bell. Près de Newton, un porte-drapeau. Entre deux amiraux victorieux, Garrick, l'acteur, qui se présente, le sourire sur les lèvres, entre les coulisses d'un théâtre. Au milieu d'une foule de chambellans, de prêtres et de ministres, entre lesquels on passe indifférent, on rencontre de chères et glorieuses images qui font battre le cur comme des amis retrouvés en pays inconnu : Gray, Milton, Goldsmith, Thomson, Thackeray, Addison, et le dernier, aimé et regretté à l'égal des plus grands, Charles Dickens. A côté des capitaines fameux qui ensanglantèrent la terre et la mer, resplendit la gloire intacte et sereine des grands bienfaiteurs : les apôtres de l'abolition de l'esclavage ; Hanway, le philanthrope ; Wintringham, le médecin ; James Watt, l'inventeur de la machine à vapeur : auprès de la grandeur rayonnante du génie, la grandeur austère des âmes intègres, des caractères indomptables, des longues vies écoulées dans des travaux patients et des sacrifices ignorés. Mais quelles pensées différentes, dans ces chapelles revêtues de merveilleuses broderies de pierre, où l'on marche entre les tombeaux des princes, au milieu des souvenirs de la puissance et des malheurs de sept générations de rois ! Si tout le sang que le poignard ou la hache firent couler des veines des morts ensevelis entre la tombe de Henri VII et celle d'Edouard le Confesseur venait tout à coup à se répandre dans le sanctuaire, il n'y resterait pas un pavé sans tache. Marie Stuart, lord Stafford, le mari d'Anne, duchesse de Somerset, décapités ; Thomas Tyrme, assassiné ; Thomas de Woodstock, duc de Salisbury, assassiné ; Aymer de Valence, comte de Pembroke, assassiné ; Richard II, assassiné ; Spencer Parceval, chancelier du trésor, assassiné ; Nicolas Bagenall, étouffé dans son berceau par sa nourrice. Quand j'eus fait le tour des chapelles, je saisis un moment où le gardien regardait ailleurs pour m'asseoir sur le vieux trône des rois d'Ecosse ; et puis je touchai de ma main la pierre où le patriarche Jacob reposait sa tête quand il eut la vision divine. |
Edmondo de Amicis, Souvenirs de Paris et de Londres (1874) |
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Vu du dehors, Westminster manque de caractère. On y pénètre par le portail du sud, à demi masqué de bâtisses anciennes, qui ont appartenu au chapitre, et, dès le premier pas on se trouve au plus noble quartier de cette nécropole de la gloire ; on est au Poet's corner, ou coin des poëtes, qui occupe le transept méridional. (...) A Westminster, on contemple l'image de grands hommes qui ont du marbre sur leur tombe, et qui n'eurent pas de pain. Des gens obscurs y coudoient les plus illustres, de même que ceux-ci sont couchés aux pieds des souverains qu'ils ont chantés, ou stigmatisés parfois. Monck et Charles II dorment en paix avec Milton ; Shakespeare sommeille à quelques pas de Richard II. C'est vraiment une vallée de Josaphat de l'intelligence et de la grandeur. Le comédien Garrick, Camden l'antiquaire, l'orientaliste Grabe, Casaubon le bibliothécaire de Paris, Taylor l'architecte, Pringle le physicien, le poëtereau Triplett, le musicien Handel, Shéridan, Mme Pritchard la comédienne, sont rangés en cercle dans ce salon de la mort où préside Shakespeare foulant à ses pieds les portraits de Henri V, de Richard III et de la fière Elizabeth, immortalisés par son génie et sculptés au front de son piédestal. Là brillent aussi Southey, Chaucer, Goldsmith, Dryden et Richardson. (...) Je me réfugiai dans le nef pour y respirer en liberté. C'est la plus belle portion de l'édifice : la pierre en est grise et nue, les piliers sont grandioses, le vaisseau très-élevé ; ce style simple et majestueux rend à l'âme quelques ressouvenirs de la religieuse impression dont elle est saisie sous les grands arceaux de Saint-Ouen de Rouen. Il me paraît plus vraisemblable d'attribuer cette portion de l'édifice à l'époque de Henri III qu'à celle d'Edouard le Confesseur. Cette nef serait admirable, si le chur n'était masqué par une chapelle et des constructions parasites, qui encombrent le centre de la croix et brisent les lignes de la perspective. A partir de ce point, tout est divisé en chapelles hérissées de monuments de tous les âges ; l'abside, le chur et les contre-nefs en sont jonchés. On est forcé de se perdre dans le détail, de s'égarer dans une forêt de pierre et de marbre, où se résument les annales de huit siècles de l'histoire d'Angleterre. (...)
De ces chapelles, l'une des plus curieuses et la plus antique est celle qui renferme les restes de saint Edouard ; elle est élevée au milieu du chur. Ce mausolée, construit en 1269 par Henri III, pose sur de petites arches en ogive ; le temps lui a donné un aspect vénérable. Près de là, se trouve la tombe de Henri III : les panneaux en sont de porphyre ; elle est ornée d'une mosaïque d'or sur un fond rouge, et la statue, la première qu'on ait fondue en Angleterre, est en cuivre doré. Le monument d'Edouard III est surmonté d'un ciel dont l'azur est tombé en poussière ; on entrevoit, au fond d'un plan sombre, derrière une haie de barreaux en fer, les statues couchées de ce prince et de sa femme, superposées ; leurs formes indécises, estompées par les ténèbres, leur donnent l'apparence de deux corps morts. C'est là que repose Richard II. Il a quitté les cachots de la Tour pour les voûtes de Westminster. Une voûte de feuillage, faisant pleuvoir sur un tertre de gazon des bouquets de lumière, conviendrait mieux à ce prince qui vécut dans un tombeau. (...) Le tombeau de saint Edouard est écorné, rongé, écorché de tous côtés ; car il passe pour opérer des miracles, et, dans la protestante Angleterre, ce fut longtemps à qui pourrait dérober un fragment du reliquaire, ou même quelques grains de sa poussière sacrée. |
Francis Wey, Les Anglais chez eux - esquisses de murs et de voyage (1854) |
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The Queen's London (1896) |
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The Queen's London (1896) |
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The Queen's London (1896) |
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Cette église fut fondée, en 604, par Sébert, roi des Saxons de l'est, et placée sous l'invocation de saint Pierre, évêque de Rome et prince des apôtres. Elle fut successivement agrandie, embellie et restaurée par plusieurs monarques, jusqu'au moment où elle commença à être reconstruite sur un plan plus grandiose, par les soins et sous le règne de Henri III, vers le milieu du XIIIe siècle (1247). Cette église tient un rang distingué parmi cette multitude de cathédrales appelées gothiques, et qui font tout à la fois l'étonnement de toute l'Europe et le désespoir de tous les architectes modernes... (...)
Nous disions nous-même, il y a un peu plus de six ans, après avoir visité l'église de Westminster (qu'il nous soit permis de nous reporter à nos impressions premières, qui se sont renouvelées dans notre dernière visite), nous disions alors : elle passe pour une des plus belles églises gothiques que l'on admire en Angleterre ; je l'ai longtemps considéré, soit à l'extérieur, soit dans son intérieur, avec des sentiments d'admiration toujours croissants. Elle est là debout, avec sa belle vieillesse, pour protester contre la jeunesse du protestantisme en faveur du catholicisme, auquel ce pays, comme tant d'autres en Europe; doit sa civilisation, ses lumières, ses lois de liberté, et ses plus beaux monuments d'architecture.
Pendant que je parcourais sa vaste enceinte, j'ai entendu commencer l'office divin. Le chur seul, comme à Saint-Paul, est réservé au culte et renferme les assistants ; le reste de l'édifice est abandonné à l'admiration des amateurs, dont la vue se récrée par ces mille beautés que le style ogival ou gothique sait si bien étaler avec tant de profusion, soit dans ces sveltes colonnes qui s'élancent avec tant de légèreté et de grâce pour soutenir le large comble de l'édifice, soit dans ces ogives, ces rameaux d'une double avenue de pilastres dont se forme la voûte, soit dans l'inépuisable variété des sculptures qui, en amincissant l'épaisseur des murailles, semblent spiritualiser la pierre elle-même... (...)
Si l'église de Saint-Paul, tout en développant sa tête gigantesque dans les cieux, reste enfouie, à sa base, au milieu des masures du quartier marchand dont elle est pressée de toutes parts, celle de Westminster, au contraire, peut respirer beaucoup mieux, parce qu'elle se dessine avec aisance à l'extrémité d'une place assez vaste. Cette dernière est longue de 412 pieds, et large de 72 ; la longueur des deux ailes est de 203 pieds ; et les tours de l'entrée, à l'ouest, sont hautes de 226 pieds.
En entrant dans l'église de Westminster par la porte de l'ouest, vous pouvez admirer la symétrie et l'élégance de son intérieur, qui présente une nef et deux ailes, dont le toit est soutenu par des deux rangées d'arcades en ogive, lesquelles s'appuient sur des faisceaux de piliers formés par une grosse colonne et par quatre autres petites colonnettes. La lumière y pénètre aisément par les quatre grandes fenêtres placées aux quatre points cardinaux, et par un rang d'autres fenêtres qui se trouve dans chaque bas-côté. La fenêtre du grand portail a une rosace que forme un beau morceau de peinture sur verre. Les rosaces ou roses ! dit encore l'auteur déjà cité, elles s'ouvrent, elles s'épanouissent, elles étalent leurs riches compartiments ciselés comme de gracieux pétales. Quoi de plus ravissant que cette fleur immense, incrustée dans la muraille, brillant des mille couleurs des vitraux peints, portant au cur l'image de Dieu, et, dans toutes les divisions qui s'en échappent en rayonnant, celle des anges, des patriarches et des saints ! Admirable symbole ! Le cercle, c'est l'éternité au sein de laquelle Dieu se repose. Les esprits bienheureux, les prophètes, les martyrs, les saints, toute la création gravite, en chantant des hymnes, vers ce majestueux centre de toutes choses !...
Le chur de cette abbaye est d'une forme octogone ; il est entouré de plusieurs chapelles, dont l'une a été destinée à servir de porche à la magnifique chapelle de Henri VII. Le chur est séparé de la nef par une porte en fer, et terminé par un bien misérable autel de marbre blanc, offert en don par la reine Anne. Ce que nous ne pouvions nous lasser d'admirer, c'est le superbe pavé en mosaïque dont l'autel est tout entouré, et qui passe pour un chef-d'uvre aux yeux de tous les connaisseurs. Ce pavé, qu'a fait exécuter à ses frais, en 1272, un abbé de l'ancien couvent de Westminster, nommé Richard Ware, se compose d'une multitude de morceaux de jaspe, d'albâtre, de porphyre, de lapis, de serpentine et de marbre, morceaux qui ont une largeur s'étendant d'un pouce jusqu'à quatre, et représentant je ne sais quel assemblage de dessins les plus variés et tous également curieux à voir.
Ce qui exige un temps considérable et toutefois utilement employé, c'est la visite des douze chapelles qui environnent l'église de Westminster, avec laquelle elles ne forment qu'un seul et même édifice. (...)
1° La chapelle d'Edouard le Confesseur. Elle est à l'est du chur, derrière l'autel. Au milieu est la châsse de ce saint, dont les cendres sont renfermées dans une caisse de bois ; là se trouvent d'autres tombeaux où sont les restes de quelques rois et reines d'Angleterre ; là sont conservés les fauteuils dont on se sert dans les cérémonies du couronnement, avec la fameuse pierre apportée, en 1296, par Edouard Ier, de Scone, ville d'Ecosse. La frise de cette chapelle est ornée de quatorze bas-reliefs en forme de légendes hiéroglyphes sur saint Edouard, qui mourut le 5 janvier 1066, après avoir régné vingt-cinq ans.
2° La chapelle de Henri V. Elle n'est séparée de la précédente que par une porte en fer et une estrade en pierre ; elle est d'un beau style, aussi bien que le tombeau en marbre noir de Henri V ; sur ce tombeau l'on aperçoit la statue de ce monarque, qui est en cur de chêne. Nous avons appris qu'on avait volé la tête de cette statue, avec le sceptre et le globe, qui étaient en argent.
3° Autour des deux chapelles que nous venons d'indiquer, on en remarque neuf autres toutes remplies également de monuments funèbres ; elles sont nommées la chapelle de Saint-André, la chapelle de Saint-Edmond, de Saint-Nicolas, de Saint-Paul, de Saint-Erasme, de Saint-Jean-Baptiste, de Saint-Jean l'Evangeliste, de Saint-Michel, et enfin de Saint-Benoît. Ce qui fait, disions-nous en 1840, que l'on éprouve dans toutes ces chapelles des sentiments graves et sérieux : c'est que vous n'êtes environné que des trophées de la mort. Tous les siècles, en passant, déposent dans cette célèbre abbaye leurs morts les plus illustres. Ici, autour de vous, et même sous la dalle que vous foulez aux pieds, sont gisants dans la poussière du tombeau un grand nombre de rois, de reines, de nobles, d'hommes d'Etat, de guerriers, d'orateurs et de poètes, qui, dans le temps de leur existence, ont brillé par leur puissance, leur beauté, leurs talents, leur science, leur génie ; c'est comme un champ de tombeaux qu'il est impossible de parcourir sans éprouver quelqu'une de ces pensées religieuses qui rend l'homme meilleur et plus sage...
4° La douzième et dernière chapelle, qui doit nous occuper tout spécialement, est celle que Henri VII a fait élever à grands frais, malgré son excessive avarice, sans doute parce qu'il voulait se préparer pour lui et pour les siens un lieu de sépulture bien convenable et même splendide. L'argent qui a été dépensé pour la construction de cette chapelle pourrait s'élever aujourd'hui à la somme de cinq millions de francs environ. Sa longueur est de 99 pieds (ce qui fait que l'abbaye a une longueur totale de 511 pieds, y compris cette chapelle de Henri VII) ; elle est large de 66 et haute de 54 pieds. Voici des détails que nous avons trouvés dans un guide à Londres, et que nous placerons sous les yeux du lecteur, parce que nous en avons vérifié toute l'exactitude et la précision.
La chapelle de Henri VII est située à l'est de l'abbaye ; l'extérieur est remarquable par son élégance et sa richesse, qu'il doit principalement à quatorze tours dans le style gothique d'une légèreté admirable. Ces tours s'unissent au principal corps de l'église par des arcs-boutants, jetés avec beaucoup de hardiesse. Un double rang de fenêtres disposées avec art répandent dans l'intérieur un jour doux, en harmonie avec la majesté du lieu. On monte dans l'intérieur de la chapelle par des marches de marbre noir ; l'entrée est ornée d'un beau péristyle gothique qui conduit aux portes qui mènent à la nef ; les trois portes sont très curieuses ; elles sont en bronze doré, d'un travail extrêmement remarquable ; chaque panneau offre alternativement une rose et une herse. La chapelle consiste en une nef et deux petites ailes ; à l'est, elle est terminée par les cinq côtés d'un décagone, qui offrent cinq retraites qu'on croit avoir été autant de chapelles destinées à différents usages.
Les ailes, qui sont dans une juste proportion avec la nef, à laquelle elles communiquent par quatre voûtes soutenues par des piliers gothiques, offrent aussi de curieuses retraites ; les fenêtres, qui sont au nombre de quatorze dans la rangée du haut, et de dix-neuf dans celle du bas, y compris les ailes et le péristyle, étaient autrefois garnies de carreaux portant une rose blanche, emblème de la famille de Lancastre, et d'une herse, emblème de la famille de Beaufort ; la plus grande partie de ces carreaux n'existe plus aujourd'hui. Le toit est presque plat ; il est soutenu par les arcs-boutants de la nef, qui eux-mêmes reposent sur douze piliers gothiques couverts de ciselures. Le pavé est de marbre blanc et noir, et les statues, qui sont en bois, sont surmontées de dais gothiques parfaitement ciselés ; les sièges eux-mêmes sont très bien travaillés, et décorés de devises singulières ; les murs de la nef et des ailes offrent aussi une multitude de figures très estimées, qui représentent des justes, des patriarches, des martyrs, etc.
La chapelle renferme dans son centre le superbe tombeau de Henri VII, exécuté par un célèbre sculpteur florentin, nommé Piétro Terregiano, lequel fit aussi les bas-reliefs et les statues de ce roi et de son épouse, la reine Élisabeth, pour le prix de plus de six cent mille francs, somme énorme pour l'époque dont nous parlons. Le tombeau est en basalte noir, avec divers ornements de bronze doré, et entouré d'une magnifique balustrade de même matière. Les deux figures royales, merveilleusement sculptées et revêtues des costumes de leur temps, reposent appuyées sur le tombeau, dont la beauté est encore relevée par six bas-reliefs, différents emblèmes et quatre autres petites statues, représentant autant d'anges et qui sont en bronze doré. Dans les deux ailes nous avons aussi remarqué d'autres tombeaux, qui renferment les restes de quelques rois et reines d'Angleterre ou d'Écosse.
C'est dans la nef de cette chapelle que sont armés les chevaliers de l'ordre du Bain, rétabli par Georges Ier, en 1725. Dans les stalles, il y a des écussons en cuivre, qui représentent les armoiries de ces chevaliers, et au-dessus sont suspendues leurs bannières et leurs épées. Au-dessous des stalles, il y a des sièges pour les écuyers, dont les armes sont également gravées sur des écussons ; enfin sous cette chapelle, l'un des plus beaux monuments de l'architecture gothique, se trouvent des caveaux, où l'on aperçoit le tombeau de Georges II, que ce monarque avait fait construire lui-même pour recevoir ses restes après sa mort.
La chapelle de Henri VII, attaquée de toutes parts par la main du temps, avait fini par perdre une grande partie de la grâce et de la fraîcheur dont elle brillait il y a trois cents ans. Mais le parlement, cédant enfin aux instances des amis des arts, vota, il y a quelques années, la somme nécessaire pour sa parfaite restauration ; et grâce au talent de M. Gayfer, artiste distingué, le travail des ouvriers a parfaitement saisi le goût si pur, si léger de ce curieux monument, de cette admirable chapelle que nous pourrions appeler le morceau de défi de l'âge gothique à toutes les autres formes d'architecture. |
Abbé Jean-François Robert, Voyage à Londres (1851) |
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Sarah est passée en berline devant l'abbaye, en compagnie de son père, lors de l'épisode 1. Toutefois, à notre connaissance, elle n'a jamais pénétré à l'intérieur. |
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