Cet article a pour dessein de discerner dans quelle mesure David Copperfield, le célèbre roman de Charles Dickens, a pu servir de source d'inspiration pour Frances Hodgson Burnett au travers de son uvre consacrée à l'histoire de Sara Crewe.
Pièce maîtresse de la littérature anglo-saxonne du XIXe siècle, David Copperfield connaît une diffusion mensuelle de mai 1849 à novembre 1850. Huitième roman né sous la plume de Dickens, c'est aussi le premier écrit à la première personne et pour cause : si la truculence du verbe de narre une histoire presque picaresque où abonde une galerie de personnages hauts en couleur, inoubliables, David Copperfield renferme de douloureuses parcelles échappées de la vie de Dickens. Bien sûr, on aura d'emblée été frappé par la similitude entre les initiales du héros et celles de l'auteur, ou par leur cursus identique (travail de sténographe aux séances parlementaires puis carrière comme écrivain).
Comme souvent chez Dickens, où l'intrigue se noue et se lie à des dizaines de trames secondaires, destins mêlés d'une pléthore de personnages se croisant, le héros traverse la vie dans tout son tumulte avec toute la palette des émotions qu'elle véhicule. Aussi se bornera-t-on à ne parler que de David, puisque c'est l'histoire d'une vie qui nous est contée : de sa naissance, seul avec sa mère, au remariage de celle-ci avec le sombre M. Murdstone, la condition d'orphelin qui est sienne après son décès, la pauvreté et le travail éreintant après qu'il eût été placé de force, avant la fuite et l'adoption par une vieille tante misanthrope, Betsy Trotwood, qui dissimule des trésors de gentillesse. David grandit et conduit de pair des études, sans idée précise de son avenir. D'abord placé à l'Officialité, un tribunal jugeant des affaires ecclésiastiques et maritimes (cela ne s'invente pas), la faillite de sa tante le contraint à renoncer à cette carrière pour celle de reporter assistant aux séances du Parlement. Mais sa bonté lui a permis de forger de solides amitiés, autant d'appuis fidèles au moment d'affronter les vicissitudes de la vie. Ainsi, c'est grâce à ses amis qu'il parvient à confondre l'ignoble Heep, artisan de la ruine de sa tante. Pourtant, si David commence à goûter aux fruits de la prospérité par le truchement du métier d'écrivain, sa vie sentimentale vogue d'écueils en écueils : son union tant désirée avec Dora s'avère être un échec, le caractère volage et infantile de cette dernière rendant son ménage impossible. Toutefois, lorsque survient abruptement sa mort, David se retrouve au bord du désespoir. Ça n'est que bien des années plus tard qu'il trouvera la force d'épouser celle que son cur avait toujours désirée, celle qu'il considérait comme une sur, la douce Agnès. Et c'est sur cette note d'espoir que se conclut le roman.
Quant au travail de Frances Hodgson proprement dit, il se compose de deux ouvrages (nous excluons sciemment la pièce de théâtre), à savoir une nouvelle publiée en 1887, Sara Crewe or what happened at Miss Minchin's (Sara Crewe ou ce qu'il advint chez Miss Minchin), et un roman, datant de 1905, A Little Princess. Fait peu connu, le titre exact du roman était à l'origine A Little Princess : Being the Whole Story of Sara Crewe Now Told for the First Time (Une petite princesse : l'histoire complète de Sara Crewe racontée pour la première fois). Ainsi qu'on le devine, l'auteur s'est servi d'un subterfuge, commode certes, pour conserver une continuité entre les deux récits : les deux histoires forment un tout indissociable, en dépit des contradictions qu'apporte l'immixtion de nouveaux personnages (Becky notamment).
L'admiration de Frances Hodgson Burnett pour Dickens est un fait avéré comme le rapporte ses biographes. Pourtant, si certaines influences ont été clairement mises à jour sur certaines de ses uvres (comme les travaux de Susan E. James portant sur les Hauts de Hurlevent d'Emily Brontë et The Secret Garden, ou encore ceux de Tamara S. Wagner entre le roman Evil Genius de Wilkie Collins et, justement, A Little Princess), il ne semble pas, à notre connaissance, qu'une telle démarche ait été entreprise concernant David Copperfield de Dickens et ce qu'il convient d'appeler le diptyque consacré à Sara. |